• Lorsque les âmes s\'en vont - Chapitre 3

     

     

    âmes

     

    CHAPITRE 3

     

     

    Le portail grinçait légèrement mais cela n’avait aucune importance car à cette heure tardive il n’y avait plus de  visiteurs. Le cimetière était éclairé par la lune et je déambulais le long des allées gravillonnées comme je le faisais chaque semaine depuis près de deux ans.

    Je ne craignais pas ce froid qui entourait les stèles et les tombeaux, je m’y étais habitué. Quelques visages me faisaient signes. Je savais reconnaitre les nouveaux arrivants, toujours prostrés devant leur tombe avec leur regard perdu. Au début leur tristesse me touchait et je cherchais à entrer en contact avec eux mais maintenant je savais que ça ne servait à rien et je passais mon chemin.

    Chaque semaine je faisais ce même rituel, je prenais le même chemin, les mêmes allées pour retrouver Sam mon ami de toujours. Au début il ne me quittait que très rarement mais ce n’était pas bon pour moi ni pour lui. Chacun de notre côté nous devions nous débrouiller seul, moi pour essayer de reconstruire ma vie, lui pour accepter sa condition de fantôme.

    -          - Eh ! Grégoire ! Par ici !

    -          - Salut Sam, tu vas bien ? lui demandais-je.

    -          - Ouais ça peut aller. Les affaires reprennent j’ai eu la visite d’un homme, je lui ai parlé de toi, sa demande est particulière.

    -          - Comment ça particulière ?

    -          - Tu verras ! me répondit-il.

    Je m’installais sur le bord d’une tombe attendant que l’homme se montre à moi. Notre dernière mission datait d’il y a un mois, un record de tranquilité. C’était à se demander si les morts ne préféraient pas l’Enfer au Paradis.

    J’ai eu du mal à m’adapter à ma nouvelle vie. Au début j’avais l’impression que les pièces de mon appartement étaient trop petites pour accueillir tous ces fantômes qui se bousculaient presque pour pouvoir me parler. Sam aussi était présent vingt quatre heures sur vingt quatre et c’était devenu pesant.

    Je n’arrivais pas à avoir d’intimité et les petites amies que je ramenais chez moi me prenaient très vite pour un déséquilibré, sans compter que j’étais incapable de leur faire l’amour devant un tel public. Bref, un désastre total.

    Il m’a fallu beaucoup de persévérances pour que j’arrive à les faire partir définitivement de chez moi. Sam restait un privilégié et il devait continuer à faire le lien. La seule chose c’était qu’il ne devait pas venir sans mon accord sauf peut-être pour une urgence. Il m’arrivait cependant de l’appeler pour passer une soirée avec lui surtout les soirs de match.

    Les fantômes je les rencontrais dans ce petit cimetière. Sam se chargeait d’eux et jugeait leur demande afin de me présenter.

    Ça faisait un moment que nous étions là attendant dans le froid. Sam était toujours habillé comme le jour où il est mort dans cet accident et n’avait pas l’air de craindre la température extérieure.

    Je me levais histoire de me réchauffer, je commençais à avoir les mains et les pieds gelés. Ma patience avait toujours eu des limites mais là c’était un comble.

    -          - Si dans cinq minutes il n’est toujours pas là, je me tire Sam. Il gèle un max ici, lui dis-je un peu furieux.

    -          - Calme-toi, il va venir.

    -          - Vous ne connaissez pas la ponctualité chez les fantômes ? Sam, excuse-moi, me rendant compte de la tristesse qui se fixait sur son visage, j’ai passé une assez mauvaise journée, je suis crevé.

    -          - Je sais. J’ai senti ta mauvaise humeur dès que tu as franchi les grilles, tu veux en parler ?

    -          - Non, merci ! Demain ça ira mieux.

    Je marchais un peu histoire de me réchauffer. Je voulais rentrer chez moi, au chaud, et passer une bonne nuit de sommeil.

    -          - Greg ! Il est là !

    Je me tournais vers mon ami qui fixait un point sur sa gauche. Je regardais dans la même direction et j’ai vu ce jeune homme qui s’avançait vers nous.

    Ces vêtements avaient été de bonne qualité, son allure était celui d’un homme venu d’un milieu privilégié et il avait reçu une très bonne éducation.

    Je commençais à être fort à ce jeu, je ne me trompais que très rarement. La force de l’habitude.

    Le seul point noir à ma description était son manque de ponctualité.

    -          - Bonsoir, nous dit-il.

    -          - Bonsoir, lui répondis-je sèchement. Tu es en retard.

    -          - Je sais. Ce n’est pas dans mes habitudes mais je n’arrive pas à la quitter. Elle est si malheureuse.

    -          - De qui parles-tu ?

    -          - De ma fiancée. Sam ne t’ a rien dit ?

    Je me tournais vers Sam fronçant les sourcils.

    -          - Je te l’ai dit, je voulais qu’il te raconte lui-même son histoire. Sa demande n’est pas habituelle.

    -          - Soit ! rajoutais-je, et me tournant vers le fantôme, raconte-moi ton histoire.

    Le jeune homme s’installait sur la même tombe que moi prenant ses jambes entre ses bras jusqu’à ce qu’il soit recroquevillé sur lui-même.

    Il me regardait sans dire un mot, cherchant sans doute, le bon moyen de commencer son récit.

    Il a commencé bizarrement par sa mort. Il était atteint d’une tumeur au cerveau et après des mois de souffrance et d’agonie, il a quitté cette Terre.

    Il était soulagé que ça lui arrive enfin et il aurait pu partir tout de suite si il n’y avait pas eu sa fiancée Justine. Elle était âgée de 21 ans et était plus jeune que lui de trois ans. Elle était restée près de lui à chaque étape de sa maladie et avait arrêté ses études afin de s’occuper de lui. Elle n’avait jamais eu de famille à part celle qu’il avait lui et qui se résumait à un père et une tante éloignée.

    Chaque jour depuis sa mort il était à ses côtés. Il avait vraiment peur pour elle, il avait peur qu’elle se tue pour pouvoir rester près de lui. Il avait besoin de moi pour pouvoir enfin partir. Il s’était rendu compte que plus il était à ses côtés et plus elle allait mal. Plusieurs fois la lumière lui est apparue et cela lui a pris beaucoup d’énergie pour résister.

    Cela faisait six mois maintenant qu’il l’empêchait de passer à l’acte et ses forces l’abandonnaient, il savait qu’il ne lui restait plus beaucoup de temps avant de devenir une âme errante.

    -          - Qu’attends-tu de moi ? lui demandais-je. Au fait comment t’appelles-tu ?

    -          - Peter. Peter Maxwell.

    -          - Le Maxwell de NewYork ? Le grand mania de la finance ? rajoutait Sam.

    -          - Oui, c’est mon père.

    -          - Là n’est pas le problème Sam. Qu’est-ce que tu attends de moi Peter ?

    -          - Je veux que tu trouves pour Justine mon remplaçant.

    -          - Quoi ? Je ne suis pas un agent matrimonial. Je peux t’aider à entrer en contact avec elle afin que tu lui fasses tes adieux, mais ….

    -          - Il n’y a pas de mais, c’est mon seul souhait. Je ne partirais qu’à cette condition.

    -          - Pas question, m’écriais-je.

    -          - Je te demande juste de la rencontrer, tu prendras ta décision après. Ça ne t’engage en rien.

    -          - Greg ! C’est vrai, qu’est-ce que tu as à perdre ?

    -          - Ok ! Ok ! Mais il faut vous mettre ça dans la tête, je ne servirais pas d’entremetteur.

     

     

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