• Lorsque les âmes s\'en vont - Chapitre 2

     

     

    âmes

     

    CHAPITRE 2

     

     

    De tous les visages qui me hantaient je n’aurais jamais pensé qu’un jour ce soit justement celui de Sam qui me parlerait le premier.

    -          - Sam ! Je deviens fou, j’entends ta voix maintenant. C’est impossible, tu me connais, tu sais que je ne crois pas en tout ça, lui dis-je en le montrant du doigt.

    -          - Tu ne deviens pas fou, tu as réellement ce don et on m’a envoyé pour t’aider à le comprendre.

    -          - Pourquoi toi ? lui demandais-je.

    -          - De quoi tu parles ? De ma mort ou de mon aide ? rajoutant mon ami.

    -          - Des deux en fait. Je suis désolé d’être encore en vie alors que toi….

    -          - Eh ! Mec ! Ressaisis-toi ! ça ne te ressemble pas de culpabiliser autant. Ok, je suis mort et alors ? On ne peut plus rien y changer. J’ai appris à l’accepter.

    -          - Tu as eu du mal avec ta mort ? lui demandais-je perplexe.

    -          - Peu de personnes acceptent leur mort. Tu sais que tu es parti mais tu as du mal à lâcher ton corps. Tu tournes autour dans l’espoir de te réveiller et puis c’est le néant, la peur, la tristesse, la solitude, jusqu’à ce que la porte s’ouvre et que tu suives la lumière au bout d’un long couloir. A ce moment là c’est comme un soulagement, c’est comme la chaleur d’un foyer.

    -          - Je ne comprends pas, tu n’as pas suivi la lumière ?

    -          - Si bien sûr. Mais pour moi c’est différent on m’a renvoyé sur Terre pour t’aider dans ta mission.

    -          - Quelle mission ? Tu te moques de moi c’est ça ? lui dis-je contrarié.

    -          - Je ne me moque pas de toi, viens marchons un peu, cet endroit me fout la chair de poule. Je vais essayer de t’expliquer.

    Je levais les yeux une dernière fois sur la tombe de Sam avant de le suivre vers la sortie du cimetière. Les gens me regardaient bizarrement et j’ai pris conscience qu’eux ne voyaient pas mon ami, il voyait juste un pauvre mec qui parlait tout seul.

    Les fantômes qui restaient sur Terre étaient considérés comme des rebelles ou comme des repentants. Pour les rebelles il n’y avait pas grand-chose à faire mais il fallait cependant que je me méfie d’eux, ils pouvaient entrer en contact avec moi pour m’embrouiller l’esprit ou me faire du mal pour les plus retissant.

    C’était des repentants dont je devais m’occuper. Enfin m’occuper était un bien grand mot. Ils avaient quelque chose à se faire pardonner, quelque chose à faire pour leurs proches, leur conscience ne leur permettait pas de trouver la porte. J’étais leur lien entre le monde des vivants et le monde des morts. Bien sûr ce n’était pas des criminels ils n’avaient rien de grave à se faire absoudre mais ils devaient alléger leur cœur pour espérer une mort meilleure que celle qui avait fait d’eux des nomades.

    Il existait aussi un dernière catégorie les âmes errantes, ceux qui pouvait pas passer de l’autre côté parce qu’ils étaient trop déprimé pour avoir envie d’autres choses.

    Cela faisait déjà des heures que Sam parlait et que moi j’écoutais. La nuit était venue sans que je ne m’en aperçoive et je me suis rendu compte que j’étais devant chez moi.

    Je montais comme un zombie à mon studio et me suis affalé sur le canapé. Je regardais autour de moi et je n’ai vu que Sam, les autres étaient partis.

    -          - Pourquoi ils t’ont envoyé ? lui demandais-je subitement. Tu es un repentant ?

    -          - Non. J’ai été envoyé pour t’aider à faire le lien. Je te l’ai déjà expliqué.

    -          - Oui mais pourquoi toi justement ?

    -          - Et qui d’autres que moi pouvait te faire accepter ce que tu es ? Ils ont pris le meilleur, me dit-il en souriant.

    -          - Toujours aussi prétencieux à ce que je vois, lui répondis-je.

    J’avais l’impression de me réveiller d’un long cauchemar. Je riais avec mon meilleur ami comme nous le faisions avant. Je me sentais revivre et ma peine s’effaçait. Mais la réalité est venue me frapper, Sam était mort et je riais avec son fantôme.

    Cependant j’allais mieux et j’avais repris mon travail pour le grand soulagement de mes proches.

    Sam venait me voir tous les jours, il m’apprenait à entrer en contact avec les autres revenants. Il m’a fallu deux semaines pour pouvoir parler avec mon premier fantôme et deux de plus pour réussir ma première mission.

    Il s’appelait Stan et avait mené une double vie sans que personne ne le sache. Par sa négligence il avait laissé une femme et deux enfants dans le besoin. Il s’en voulait tellement qu’il refusait de partir sans avoir trouvé une solution pour eux. Il s’exprimait rapidement et était nerveux. Je n’en pouvais plus de le voir tourner autour de moi jour et nuit. Sam essayait de le calmer mais il était comme moi, il manquait d’expérience. Les personnes comme moi avaient un guide, un être qui était mort depuis très longtemps. Mais on m’avait envoyé Sam. Bien sûr j’étais heureux qu’il fasse encore parti de ma vie mais nous marchions tous les deux vers l’inconnu. On l’avait envoyé lui pour que je puisse mieux accepter ce que j’étais devenu. Ils avaient su que je n’aurais pas aussi facilement bien pris la chose, que j’aurais pensé devenir fou et que j’aurais moi-même fermé à clef la porte de ma cellule capitonnée.

    La tâche pour sauver Stan et sa famille avait été plus dure que je ne l’avais pensé. En fait avant d’aider il fallait faire un travail de détective qui ne me déplaisait pas d’ailleurs. La chose que n’aimait pas c’était la deuxième phase, arrivé à se faire accepter par la famille du défunt et leur expliquer pourquoi je devais leur parler.

    Carla était d’origine mexicaine et elle était très croyante. Au début elle a cru que j’étais un de ces charlatan qui jouait avec les sentiments des personnes endeuillées, puis ensuite pour le diable en personne et elle ne voulait plus que je m’approche de son foyer.  En fait grâce à son mari j’ai réussi à lui faire comprendre que je ne lui voulais aucun mal juste l’aider à aller mieux.

    Ma première mission avait été simple et compliquée à la fois. Simple parce que Stan voulait partir si Carla acceptait de lui pardonner ses erreurs. Difficile parce que Carla lui en voulait encore et le fait d’avoir tout perdu lui laissait un goût amer. Et puis aussi parce que Sam et moi ne savions pas quoi faire. J’étais démuni et incertain. Je croyais qu’aider les autres allaient m’aider mais en fait ça n’a fait que m’isoler à nouveau.

    J’avais l’impression d’être dans le même état qu’il y avait quelques semaines. Mes parents parlaient de dépression et voulaient me faire entrer dans une maison de repos.

    Le déclencheur a été le matin, où peu après mon réveil, j’ai vu à la fenêtre l’arrivé d’une ambulance. J’ai pris alors quelques vêtements et objets qui me tenaient à cœur et je suis parti pour ne plus jamais revenir.

    Au début j’errais sans but et très vite avec l’aide de Sam , je suis parti pour New York me construire une nouvelle vie, là où personne ne me connaissait.

    Quand j’y pense ça fait maintenant plus de deux ans que je suis à NewYork, que j’ai trouvé un boulot en tant que conseiller financier dans une petite boite, que j’ai mon appart, pas très loin de Central Park et 2 ans et demi que je n’ai plus de contact avec mes parents.

    C’est à ce moment là que j’ai choisi de lever les yeux sur le portail du cimetière. J’étais arrivé à destination.

     

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