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    amessenvont
     
     
    Prologue
     
     

    Il faisait déjà nuit, la journée était arrivée à son terme. Je traversais comme tous les soirs le parc pour rentrer chez moi. Nous étions au mois de novembre et la température était basse pour la saison. Je longeais le trottoir ne croisant que quelque personne rentrant également chez elle. Mon appartement n’était plus très loin, j’accélèrais le pas.

    Comme chaque soir je montais les escaliers jusqu’au 2ème étage, tournais sur le palier à droite et au fond du couloir au numéro 24 mon havre de paix, mon chez moi. Je tournais la clef dans la serrure et ouvrait la porte allumant la lumière au passage.

    Il y avait peu de meubles, je n’aimais pas les endroits surchargés. Juste un canapé un peu défraichis, une table basse, une télé et une bibliothèque. Je posais mes clefs sur le meuble de l’entrée et me dirigeais vers la cuisine. Dans l’obscurité je cherchais la poignée du frigo dont la lumière intérieure m’aveuglait un instant, le temps de prendre une bière.

    Il fallait que je trouve de quoi m’occuper pendant deux heures  avant de repartir vers le cimetière de la ville.

    Je m’appelle Grégoire Mc Dowells et je suis un passeur. Je parle avec les morts et les aide à passer de l’autre côté vers une vie meilleure.

     
     
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    âmes

     

    CHAPITRE 1

     

     

    J’approchais du petit cimetière isolé de l’East Village au sud est de Manhattan. J’avais marché jusque là, ça me permettait de me vider la tête de tout ce qui c’était passé aujourd’hui.

    Mon patron avait été de mauvais poil, Andy le nouveau lui avait fait perdre deux clients importants. Dans ces cas là, il s’en prenait à tout le monde même à moi. La tension s’était fait ressentir toute la journée. Je n’avais eu qu’une hâte rentre chez moi, me taper une bière et manger une pizza tiède devant un match de basket.

    Mais il fallait que je sorte ce soir. Je me demandais souvent « pourquoi moi ? ». Certains diraient que je suis béni des dieux, moi je dirais plutôt que dieu m’a maudit. Parce que pour moi ce don est une malédiction, il m’a fait perdre tous ceux que j’aimais.

    Il y a trois ans, j’ai eu un accident de moto. Mon pote Samuel m’avait emmené faire une virée entre mec. Tout se passait pour le mieux jusqu’à ce que cette voiture qui arrivait en face ne zigzague sur la route nous éblouissant par la même occasion. Puis ce fut le choc et le trou noir pour moi jusqu’à mon réveil dans une chambre d’hôpital.

    Autour de moi, mes parents et ma petite amie Jane. Mais plus étrange d’autres personnes allaient et venaient sans que ça ne perturbe ma famille. Certains me souriaient, d’autres paraissaient nerveux. Ils disparaissaient pour réapparaître quelques instants après. Putain, j’hallucinais, j’avais dû faire une sacrée chute pour que les médecins m’injectent une telle dose de médicaments. J’étais complètement stone.

    Je reprenais petit à petit mes esprits demandant des nouvelles de mon ami. Ma mère en pleurs, tout comme Jane, m’a appris que Samuel était mort sur le coup, il avait pris la voiture de plein fouet alors que moi j’avais été éjecté quelques mètres plus loin. Les secouristes ont dit à mes parents que c’était un miracle si j’avais survécu. Un miracle ? Un miracle aurait été de nous sauver tous les deux. La culpabilité m’envahissait d’avantage chaque jour.

    A cette époque je vivais avec Jane dans un appartement aménagé au-dessus du garage de mes parents. Je n’arrivais pas à reprendre le cours de ma vie, je ne voulais toujours pas reprendre le boulot que j’avais à la banque. Nuit après nuit je faisais des cauchemars et à mon réveil toujours les mêmes personnes qui me regardaient. Je devenais fou, mon choc à la tête sans doute. Jane ne pouvait plus le supporter, nos disputes n’arrangeaient rien. Elle voulait que j’aille voir un psy, elle trouvait que mes hallucinations n’étaient pas normales, j’ai toujours refusé.

    Un matin elle est partie pour ne jamais revenir.

    Je n’ai rien fait pour la retenir, trop de choses entre nous me l’empêchaient. Cependant c’était comme si j’avais eu un électrochoc et je me suis réveillé comme sorti d’un long sommeil.

    Mes nuits étaient toujours aussi mouvementées avec quelques changements cependant. J’avais l’impression qu’ils m’appelaient. J’entendais mon prénom que des voix d’hommes ou de femmes soufflaient à mes oreilles.

    J’avais fait des recherches et j’avais appris que les gens qui avaient subi un grave traumatisme ou qui avait été dans le coma, pouvaient être dotés du don de voir les fantômes et de communiquer avec ces êtres de l’au-delà. Comment croire à ces choses alors que moi-même je ne croyais pas en dieu, ni à aucune vie extraterrestre ? Le surnaturel ne m’intéressait pas plus que ça sauf dans les films peut-être, et encore.

    Non ! ça ne devait pas être ça ! Mon cerveau me jouait des tours tout simplement. De toute façon je n’avais pas fait de coma. Le traumatisme bien sûr que je l’avais puisque les médecins m’avait appris que mon cœur avait cessé de battre quelques instants.

    Etait-ce possible que ce soit pendant ces quelques minutes où je suis mort que la liaison entre les deux mondes s’est produite ?

    Je ne comprenais pas et mon isolement est devenu de plus en plus grand. Ma mère pensait que c’était parce que je n’avais pas encore fait mon deuil, que c’était parce que je n’avais pas dit adieu à Samuel.

    Quelque part elle avait raison, j’étais encore à l’hôpital lors de son enterrement et depuis je n’avais pas encore été sur sa tombe. Peut-être était-il temps pour moi de le faire, lui dire adieu était-il le seul moyen pour que les fantômes de mes nuits disparaissent à jamais ?

    Six mois. Six mois qu’il avait quitté cette terre. Six mois que je vivais un véritable enfer.

    Je trouvais assez facilement sa tombe. Des fleurs fraiches y étaient déposées, sa grand-mère sûrement. Je prenais conscience que je n’avais même pas cherché à avoir de ses nouvelles. Elle devait être anéantie, elle n’avait plus que lui depuis que la mère de mon ami l’avait déposé avant de se suicider. Jamais il n’avait su qui était son père.

    En fait je savais pourquoi je n’avais pas pris le temps d’aller la voir. Je ne voulais pas croiser son regard. Elle se disait certainement pourquoi est-il toujours vivant alors que mon petit fils est mort ?

    Ma culpabilité revenait me frapper, cette fois en plein cœur.

    Je m’agenouillais posant mes mains où mon ami de toujours reposait à jamais.

    -          - Oh Sam ! Tu me manques tellement, dis-je tout haut.

    -          - Tu me manques aussi, me dit une voix derrière moi.

    Je me retournais brusquement, je n’arrivais pas à y croire. Mon ami d’enfance était là me regardant et me souriant. Il était comme tous ceux qui m’apparaissaient la nuit mais son visage n’était que tristesse. Je savais ce qu’il était, un fantôme.

     


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    âmes

     

    CHAPITRE 2

     

     

    De tous les visages qui me hantaient je n’aurais jamais pensé qu’un jour ce soit justement celui de Sam qui me parlerait le premier.

    -          - Sam ! Je deviens fou, j’entends ta voix maintenant. C’est impossible, tu me connais, tu sais que je ne crois pas en tout ça, lui dis-je en le montrant du doigt.

    -          - Tu ne deviens pas fou, tu as réellement ce don et on m’a envoyé pour t’aider à le comprendre.

    -          - Pourquoi toi ? lui demandais-je.

    -          - De quoi tu parles ? De ma mort ou de mon aide ? rajoutant mon ami.

    -          - Des deux en fait. Je suis désolé d’être encore en vie alors que toi….

    -          - Eh ! Mec ! Ressaisis-toi ! ça ne te ressemble pas de culpabiliser autant. Ok, je suis mort et alors ? On ne peut plus rien y changer. J’ai appris à l’accepter.

    -          - Tu as eu du mal avec ta mort ? lui demandais-je perplexe.

    -          - Peu de personnes acceptent leur mort. Tu sais que tu es parti mais tu as du mal à lâcher ton corps. Tu tournes autour dans l’espoir de te réveiller et puis c’est le néant, la peur, la tristesse, la solitude, jusqu’à ce que la porte s’ouvre et que tu suives la lumière au bout d’un long couloir. A ce moment là c’est comme un soulagement, c’est comme la chaleur d’un foyer.

    -          - Je ne comprends pas, tu n’as pas suivi la lumière ?

    -          - Si bien sûr. Mais pour moi c’est différent on m’a renvoyé sur Terre pour t’aider dans ta mission.

    -          - Quelle mission ? Tu te moques de moi c’est ça ? lui dis-je contrarié.

    -          - Je ne me moque pas de toi, viens marchons un peu, cet endroit me fout la chair de poule. Je vais essayer de t’expliquer.

    Je levais les yeux une dernière fois sur la tombe de Sam avant de le suivre vers la sortie du cimetière. Les gens me regardaient bizarrement et j’ai pris conscience qu’eux ne voyaient pas mon ami, il voyait juste un pauvre mec qui parlait tout seul.

    Les fantômes qui restaient sur Terre étaient considérés comme des rebelles ou comme des repentants. Pour les rebelles il n’y avait pas grand-chose à faire mais il fallait cependant que je me méfie d’eux, ils pouvaient entrer en contact avec moi pour m’embrouiller l’esprit ou me faire du mal pour les plus retissant.

    C’était des repentants dont je devais m’occuper. Enfin m’occuper était un bien grand mot. Ils avaient quelque chose à se faire pardonner, quelque chose à faire pour leurs proches, leur conscience ne leur permettait pas de trouver la porte. J’étais leur lien entre le monde des vivants et le monde des morts. Bien sûr ce n’était pas des criminels ils n’avaient rien de grave à se faire absoudre mais ils devaient alléger leur cœur pour espérer une mort meilleure que celle qui avait fait d’eux des nomades.

    Il existait aussi un dernière catégorie les âmes errantes, ceux qui pouvait pas passer de l’autre côté parce qu’ils étaient trop déprimé pour avoir envie d’autres choses.

    Cela faisait déjà des heures que Sam parlait et que moi j’écoutais. La nuit était venue sans que je ne m’en aperçoive et je me suis rendu compte que j’étais devant chez moi.

    Je montais comme un zombie à mon studio et me suis affalé sur le canapé. Je regardais autour de moi et je n’ai vu que Sam, les autres étaient partis.

    -          - Pourquoi ils t’ont envoyé ? lui demandais-je subitement. Tu es un repentant ?

    -          - Non. J’ai été envoyé pour t’aider à faire le lien. Je te l’ai déjà expliqué.

    -          - Oui mais pourquoi toi justement ?

    -          - Et qui d’autres que moi pouvait te faire accepter ce que tu es ? Ils ont pris le meilleur, me dit-il en souriant.

    -          - Toujours aussi prétencieux à ce que je vois, lui répondis-je.

    J’avais l’impression de me réveiller d’un long cauchemar. Je riais avec mon meilleur ami comme nous le faisions avant. Je me sentais revivre et ma peine s’effaçait. Mais la réalité est venue me frapper, Sam était mort et je riais avec son fantôme.

    Cependant j’allais mieux et j’avais repris mon travail pour le grand soulagement de mes proches.

    Sam venait me voir tous les jours, il m’apprenait à entrer en contact avec les autres revenants. Il m’a fallu deux semaines pour pouvoir parler avec mon premier fantôme et deux de plus pour réussir ma première mission.

    Il s’appelait Stan et avait mené une double vie sans que personne ne le sache. Par sa négligence il avait laissé une femme et deux enfants dans le besoin. Il s’en voulait tellement qu’il refusait de partir sans avoir trouvé une solution pour eux. Il s’exprimait rapidement et était nerveux. Je n’en pouvais plus de le voir tourner autour de moi jour et nuit. Sam essayait de le calmer mais il était comme moi, il manquait d’expérience. Les personnes comme moi avaient un guide, un être qui était mort depuis très longtemps. Mais on m’avait envoyé Sam. Bien sûr j’étais heureux qu’il fasse encore parti de ma vie mais nous marchions tous les deux vers l’inconnu. On l’avait envoyé lui pour que je puisse mieux accepter ce que j’étais devenu. Ils avaient su que je n’aurais pas aussi facilement bien pris la chose, que j’aurais pensé devenir fou et que j’aurais moi-même fermé à clef la porte de ma cellule capitonnée.

    La tâche pour sauver Stan et sa famille avait été plus dure que je ne l’avais pensé. En fait avant d’aider il fallait faire un travail de détective qui ne me déplaisait pas d’ailleurs. La chose que n’aimait pas c’était la deuxième phase, arrivé à se faire accepter par la famille du défunt et leur expliquer pourquoi je devais leur parler.

    Carla était d’origine mexicaine et elle était très croyante. Au début elle a cru que j’étais un de ces charlatan qui jouait avec les sentiments des personnes endeuillées, puis ensuite pour le diable en personne et elle ne voulait plus que je m’approche de son foyer.  En fait grâce à son mari j’ai réussi à lui faire comprendre que je ne lui voulais aucun mal juste l’aider à aller mieux.

    Ma première mission avait été simple et compliquée à la fois. Simple parce que Stan voulait partir si Carla acceptait de lui pardonner ses erreurs. Difficile parce que Carla lui en voulait encore et le fait d’avoir tout perdu lui laissait un goût amer. Et puis aussi parce que Sam et moi ne savions pas quoi faire. J’étais démuni et incertain. Je croyais qu’aider les autres allaient m’aider mais en fait ça n’a fait que m’isoler à nouveau.

    J’avais l’impression d’être dans le même état qu’il y avait quelques semaines. Mes parents parlaient de dépression et voulaient me faire entrer dans une maison de repos.

    Le déclencheur a été le matin, où peu après mon réveil, j’ai vu à la fenêtre l’arrivé d’une ambulance. J’ai pris alors quelques vêtements et objets qui me tenaient à cœur et je suis parti pour ne plus jamais revenir.

    Au début j’errais sans but et très vite avec l’aide de Sam , je suis parti pour New York me construire une nouvelle vie, là où personne ne me connaissait.

    Quand j’y pense ça fait maintenant plus de deux ans que je suis à NewYork, que j’ai trouvé un boulot en tant que conseiller financier dans une petite boite, que j’ai mon appart, pas très loin de Central Park et 2 ans et demi que je n’ai plus de contact avec mes parents.

    C’est à ce moment là que j’ai choisi de lever les yeux sur le portail du cimetière. J’étais arrivé à destination.

     

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    âmes

     

    CHAPITRE 3

     

     

    Le portail grinçait légèrement mais cela n’avait aucune importance car à cette heure tardive il n’y avait plus de  visiteurs. Le cimetière était éclairé par la lune et je déambulais le long des allées gravillonnées comme je le faisais chaque semaine depuis près de deux ans.

    Je ne craignais pas ce froid qui entourait les stèles et les tombeaux, je m’y étais habitué. Quelques visages me faisaient signes. Je savais reconnaitre les nouveaux arrivants, toujours prostrés devant leur tombe avec leur regard perdu. Au début leur tristesse me touchait et je cherchais à entrer en contact avec eux mais maintenant je savais que ça ne servait à rien et je passais mon chemin.

    Chaque semaine je faisais ce même rituel, je prenais le même chemin, les mêmes allées pour retrouver Sam mon ami de toujours. Au début il ne me quittait que très rarement mais ce n’était pas bon pour moi ni pour lui. Chacun de notre côté nous devions nous débrouiller seul, moi pour essayer de reconstruire ma vie, lui pour accepter sa condition de fantôme.

    -          - Eh ! Grégoire ! Par ici !

    -          - Salut Sam, tu vas bien ? lui demandais-je.

    -          - Ouais ça peut aller. Les affaires reprennent j’ai eu la visite d’un homme, je lui ai parlé de toi, sa demande est particulière.

    -          - Comment ça particulière ?

    -          - Tu verras ! me répondit-il.

    Je m’installais sur le bord d’une tombe attendant que l’homme se montre à moi. Notre dernière mission datait d’il y a un mois, un record de tranquilité. C’était à se demander si les morts ne préféraient pas l’Enfer au Paradis.

    J’ai eu du mal à m’adapter à ma nouvelle vie. Au début j’avais l’impression que les pièces de mon appartement étaient trop petites pour accueillir tous ces fantômes qui se bousculaient presque pour pouvoir me parler. Sam aussi était présent vingt quatre heures sur vingt quatre et c’était devenu pesant.

    Je n’arrivais pas à avoir d’intimité et les petites amies que je ramenais chez moi me prenaient très vite pour un déséquilibré, sans compter que j’étais incapable de leur faire l’amour devant un tel public. Bref, un désastre total.

    Il m’a fallu beaucoup de persévérances pour que j’arrive à les faire partir définitivement de chez moi. Sam restait un privilégié et il devait continuer à faire le lien. La seule chose c’était qu’il ne devait pas venir sans mon accord sauf peut-être pour une urgence. Il m’arrivait cependant de l’appeler pour passer une soirée avec lui surtout les soirs de match.

    Les fantômes je les rencontrais dans ce petit cimetière. Sam se chargeait d’eux et jugeait leur demande afin de me présenter.

    Ça faisait un moment que nous étions là attendant dans le froid. Sam était toujours habillé comme le jour où il est mort dans cet accident et n’avait pas l’air de craindre la température extérieure.

    Je me levais histoire de me réchauffer, je commençais à avoir les mains et les pieds gelés. Ma patience avait toujours eu des limites mais là c’était un comble.

    -          - Si dans cinq minutes il n’est toujours pas là, je me tire Sam. Il gèle un max ici, lui dis-je un peu furieux.

    -          - Calme-toi, il va venir.

    -          - Vous ne connaissez pas la ponctualité chez les fantômes ? Sam, excuse-moi, me rendant compte de la tristesse qui se fixait sur son visage, j’ai passé une assez mauvaise journée, je suis crevé.

    -          - Je sais. J’ai senti ta mauvaise humeur dès que tu as franchi les grilles, tu veux en parler ?

    -          - Non, merci ! Demain ça ira mieux.

    Je marchais un peu histoire de me réchauffer. Je voulais rentrer chez moi, au chaud, et passer une bonne nuit de sommeil.

    -          - Greg ! Il est là !

    Je me tournais vers mon ami qui fixait un point sur sa gauche. Je regardais dans la même direction et j’ai vu ce jeune homme qui s’avançait vers nous.

    Ces vêtements avaient été de bonne qualité, son allure était celui d’un homme venu d’un milieu privilégié et il avait reçu une très bonne éducation.

    Je commençais à être fort à ce jeu, je ne me trompais que très rarement. La force de l’habitude.

    Le seul point noir à ma description était son manque de ponctualité.

    -          - Bonsoir, nous dit-il.

    -          - Bonsoir, lui répondis-je sèchement. Tu es en retard.

    -          - Je sais. Ce n’est pas dans mes habitudes mais je n’arrive pas à la quitter. Elle est si malheureuse.

    -          - De qui parles-tu ?

    -          - De ma fiancée. Sam ne t’ a rien dit ?

    Je me tournais vers Sam fronçant les sourcils.

    -          - Je te l’ai dit, je voulais qu’il te raconte lui-même son histoire. Sa demande n’est pas habituelle.

    -          - Soit ! rajoutais-je, et me tournant vers le fantôme, raconte-moi ton histoire.

    Le jeune homme s’installait sur la même tombe que moi prenant ses jambes entre ses bras jusqu’à ce qu’il soit recroquevillé sur lui-même.

    Il me regardait sans dire un mot, cherchant sans doute, le bon moyen de commencer son récit.

    Il a commencé bizarrement par sa mort. Il était atteint d’une tumeur au cerveau et après des mois de souffrance et d’agonie, il a quitté cette Terre.

    Il était soulagé que ça lui arrive enfin et il aurait pu partir tout de suite si il n’y avait pas eu sa fiancée Justine. Elle était âgée de 21 ans et était plus jeune que lui de trois ans. Elle était restée près de lui à chaque étape de sa maladie et avait arrêté ses études afin de s’occuper de lui. Elle n’avait jamais eu de famille à part celle qu’il avait lui et qui se résumait à un père et une tante éloignée.

    Chaque jour depuis sa mort il était à ses côtés. Il avait vraiment peur pour elle, il avait peur qu’elle se tue pour pouvoir rester près de lui. Il avait besoin de moi pour pouvoir enfin partir. Il s’était rendu compte que plus il était à ses côtés et plus elle allait mal. Plusieurs fois la lumière lui est apparue et cela lui a pris beaucoup d’énergie pour résister.

    Cela faisait six mois maintenant qu’il l’empêchait de passer à l’acte et ses forces l’abandonnaient, il savait qu’il ne lui restait plus beaucoup de temps avant de devenir une âme errante.

    -          - Qu’attends-tu de moi ? lui demandais-je. Au fait comment t’appelles-tu ?

    -          - Peter. Peter Maxwell.

    -          - Le Maxwell de NewYork ? Le grand mania de la finance ? rajoutait Sam.

    -          - Oui, c’est mon père.

    -          - Là n’est pas le problème Sam. Qu’est-ce que tu attends de moi Peter ?

    -          - Je veux que tu trouves pour Justine mon remplaçant.

    -          - Quoi ? Je ne suis pas un agent matrimonial. Je peux t’aider à entrer en contact avec elle afin que tu lui fasses tes adieux, mais ….

    -          - Il n’y a pas de mais, c’est mon seul souhait. Je ne partirais qu’à cette condition.

    -          - Pas question, m’écriais-je.

    -          - Je te demande juste de la rencontrer, tu prendras ta décision après. Ça ne t’engage en rien.

    -          - Greg ! C’est vrai, qu’est-ce que tu as à perdre ?

    -          - Ok ! Ok ! Mais il faut vous mettre ça dans la tête, je ne servirais pas d’entremetteur.

     

     

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    âmes

     

    Chapitre 4

     

    J’étais de retour dans mon appartement et j’étais assis dans le noir, une bière à la main.

    Je n’arrêtais pas de penser à cette nouvelle mission, qui pour moi n’en étais pas une d’ailleurs.

    Je leur avais demandé quarante huit heures de tranquillité, deux jours pour réfléchir, c’est tout ce que je voulais.

    Allais-je accepter ? Je n’en savais rien. Bien sûr son histoire me touchait mais je n’étais pas la bonne personne pour réaliser ce genre de chose. Je n’étais pas un bon exemple à suivre et côté amour c’était plutôt le désert pour moi. En fait, depuis Jane, il  n’y avait jamais rien eu de sérieux, j’arrivais à conclure avec une fille tous les 3 ou 4 mois et ça se résumait à une seule nuit.

    Je me rappelais de Jane et de son sourire. Ses cheveux soyeux et blonds qui tombaient jusqu’au milieu de son dos. De la douceur de ses caresses et de ses baisers. Un moment de nostalgie emplissait mon cœur qui me faisait me lever pour aller me servir un whisky, sans glace. Juste un verre pas plus, c’est ce que je me disais à chaque fois que ma vie d’avant venait me hanter.

    Cette fois-ci j’ai tenu bon et me levais vers la salle de bain pour prendre une douche. L’eau était si chaude que la vapeur se répandait dans la pièce. Je restais un moment laissant l’eau couler sur mon corps m’enveloppant d’un voile bienfaiteur et apaisant. Je devais être en forme pour demain au cas où j’aurais une journée de plus à supporter la mauvaise humeur de mon patron.

    Il était huit heures et j’arrivais au boulot avec un mal de tête exécrable. J’aurais mieux fait de me saouler complètement, j’étais en meilleur forme que ce matin avec la gueule de bois.

    Tout le monde à l’étage était à son poste et attendait plus ou moins de voir si cette journée serait la même que la veille. En fait tout s’est passé pour le mieux, mon boss n’avait pas montré son nez de la journée et  j’avais dû le remplacer au pied levé pour deux vidéos conférences. J’aimais avoir ce genre de responsabilités et espérait un jour créer ma propre boite. Ce qui je le savais pertinemment n’était qu’un rêve vu mes moyens financiers très restreint.

    Sur le chemin du retour je me suis arrêté à l’épicerie du coin car j’avais subitement envie de cuisiner ce soir. La cuisine n’avait jamais été mon fort jusqu’au jour où il a bien fallu que je me nourrisse d’autres choses que de pizza et de hot dog. J’avais envie de me faire un mélange de légumes et de blanc de poulet nappé d’une sauce de mon invention.

    Je montais les escaliers, mes bières dans une main, un sac à provision en papier dans l’autre. En fait j’avais trouvé dans la cuisine un côté bienfaisant et j’arrivais à ne plus penser à rien d’autres qu’à mon plat et mes ingrédients. J’avais enfin trouvé le plaisir d’apprécier ce que je faisais.

    Dès que j’ai ouvert la porte j’ai senti la fraicheur touché ma peau qui se traduisait par le fait que je n’étais pas seul. J’avais pourtant demandé à Sam de les éloigner. D’habitude ils ne prenaient plus le risque de venir de peur que je leur refuse mon aide.

    J’avançais doucement laissant mes achats sur le sol devant la porte d’entrée. Le fantôme était dans mon salon. A savoir maintenant si celui-ci me voulait du bien ou non.

    Il était de dos, aucun mouvement ne sortaient de lui, il était comme une statue, immobile. Cette silhouette m’était familière et je soufflais en me disant pourquoi moi.

    -          - Je t’avais demandé deux jours. C’est trop te demander ?

    -          - Je sais mais ça devient urgent, elle est passée à la pharmacie aujourd’hui et elle avait l’air grave et déterminé. J’ai peur qu’elle ne fasse une bêtise cette nuit.

    -          - Peter que veux-tu que je fasse ? ajoutais-je en me laissant tomber sur mon canapé.

    -          - Viens avec moi. Allons la voir, maintenant. Si elle a fait ce que je crois, je ne pourrais pas appeler les secours, toi oui.

    -          - Es-tu sûr de toi ?

    -          - Oui. Elle était tout pour moi, je la connais par cœur.

    -          - Donne-moi quelques minutes et je te suis.

    Je me dirigeais vers le couloir là où j’avais laissé les quelques achats du jour et partait les ranger dans la cuisine. Je me demandais dans quoi j’allais encore m’embarquer mais je n’avais pas le droit d’ignorer ce qui se passait, je n’avais pas le droit de la laisser mourir.

    J’enfilais des vêtements plus approprié à une escapade nocturne dans le froid et suivais déjà Peter dans les escaliers me demandant tout d’un coup pourquoi Sam n’avait toujours pas fait son apparition.

    Le vent glacial cinglait sur mon visage et le froid m’aurait rattrapé si nous n’avions pas avancé d’un pas rapide à travers les rues de la ville. Apparemment le chemin le plus court était de passer à travers Central Park mais à cette heure tardive l’endroit était un vrai coupe-gorge.

    J’aurais pu prendre un taxi mais suivre les explications de Peter devant un étranger n’était pas la bonne solution surtout que ce dernier ne savait pas l’adresse exacte de sa belle.

    -          - Pourquoi n’as-tu aucun souvenir de votre adresse ? lui demandais-je agacé de ne pas encore être arrivé.

    -          - Mais je la connais. C’est celle de Justine que je ne connais pas. Elle a déménagé peu après ma mort, elle ne pouvait pas supporter de vivre là-bas avec nos souvenirs. Elle avait espérer aller mieux.

    Je comprenais ce qu’elle avait voulu faire. Fuir les souvenirs c’est ce que j’avais fait également.

    -          - A quoi ressemble Justine ? lui demandais-je plus calmement.

    -          - Elle est magnifique mais je préfère que tu voies par toi-même.

    -          - Tu es bien mystérieux la concernant. Si tu veux mon aide, attention je n’ai pas encore pris de décision, il va falloir que tu m’en dises d’avantage.

    -          - On verra les détails si tu acceptes ma demande.

    -          - Bien vu. Mais ça pourrait m’aider à prendre ma décision.

    Il ne répondait pas et continuait d’avancer lorsqu’il s’immobilisa brusquement devant un charmant immeuble modeste mais très bien entretenu.

    -          - Tu attends là. Je vais voir si tout va bien.

    Il franchissait la porte d’entrée comme si il traversait un épais brouillard et réapparu quelques secondes plus tard encore plus pâle et plus transparent qu’il ne l’était déjà. Les mots avaient du mal à sortir de sa bouche et j’ai compris qu’il paniquait.

    -          - Etage ? Numéro ? lui demandais-je d’une voix grave.

    -          - 1er étage, numéro 127, me répondit-il comme dans un souffle.

    Heureusement pour moi il n’y avait aucune sécurité à la porte de l’immeuble et j’ai pu monter rapidement l’escalier et me diriger grâce à Peter vers le numéro 127. Je frappais à la porte bruyamment sans aucun résultat. Les gens commençaient à sortir sur le palier furieux d’avoir été réveillé par un tel vacarme.

    Il m’a fallu expliquer en quelques mots la situation me faisant passer pour un ami de la jeune femme et avec l’aide d’un voisin nous avons réussi à ouvrir la porte avec fracas pendant qu’une vieille dame appelait les secours.

    Je n’avais pas le temps de visiter et je fus guidé par Peter qui savait déjà où elle était.

    Lorsque j’entrais dans la chambre une lumière douce et faible m’accueillit. Justine était allongée sur son lit vêtue d’une superbe robe blanche. Je fus stupéfait par sa beauté mais je ne devais pas m’y attarder du moins pas pour le moment. Elle attendait la mort et je ne devais pas le permettre. Je m’approchais d’elle et sentais son cœur battre encore régulièrement. Je devais me presser, ne pas perdre de temps et la prenais dans mes bras. Je l’ai emmené dans la salle de bain et essayait de la réveiller  sous la douche afin de la faire réagir. Elle a eu un sursaut et s’est débattu me repoussant légèrement.

    Lorsque je l’ai senti capable de marcher un peu je l’ai sortie de la douche, elle et moi étions trempés mais je savais que ce que je faisais en valait la peine. Je la frictionnais avec les serviettes que je trouvais et ôtais sa robe afin de lui passer son peignoir. J’aurais cru qu’elle montrerait plus de résistance mais se laissait faire.

    Je la forçais à marcher dans l’appartement sans m’apercevoir qu’il y avait tous ces curieux à la porte. Tout d’un coup j’ai senti qu’elle levait sa main à sa bouche et je l’ai emmené rapidement là où elle pourrait vomir toutes ces saloperies.

    C’est à ce moment là qu’ont choisi les urgentistes pour faire leur apparition. Ils prirent le relais alors que je m’écartais les laissant faire leur travail. Je me suis aperçu alors que Peter allait et venait complètement anéanti par son impuissance à la sauver. Et pourtant c’était grâce à lui que nous étions arrivés à temps.

     

     

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    âmes

     

    Chapitre 5

     

    Elle était hors de danger. Les secouristes venaient de quitter l’appartement.

    Pourquoi avais-je accepté de rester à ses côtés cette nuit ?

    Elle avait vomi tout ce qu’elle avait ingurgité et apparemment j’avais fait les bons gestes. Ils ne voyaient pas l’utilité de l’emmener à l’hôpital mais c’est ce qu’ils auraient fait si je n’avais pas été là et sans l’insistance de Peter pour que je reste au moins cette nuit.

    De toute façon elle allait dormir un bon moment.

    Je m’attelais à la tâche en essayant de réparer la porte jusqu’au lendemain matin. Les badauds étaient partis se recoucher dès l’instant où il n’y avait plus rien eu à voir.

    Une fois seul, enfin presque, je regardais autour de moi afin de me familiariser avec les lieux et sa propriétaire. L’ensemble était coquet et féminin. Quelques photos sur une commode d’elle et de Peter montraient qu’elle pensait encore à lui.

    Il n’y avait pas de canapé, seulement trois fauteuils beiges à haut dossier autour d’une table basse blanche. Je cherchais la TV et la trouvait enfermée dans un meuble signe qu’elle devait la regarder que très rarement.

    Un livre se trouvait là sur la petite table, je l’ai pris et lu le titre « Roméo et Juliette ». Comment ne pas penser à cette histoire tragique. Quelque part si on m’avait demandé qu’elle était son livre favori c’est ce titre que j’aurais donné.

    Je franchissais la porte de la cuisine. Tout était si parfait, trop parfait même. On aurait cru être dans un magasin. Il n’y avait aucune vie, tout était à sa place et tout était si propre. Elle avait tout prévu, même de nettoyer jusqu’au moindre recoin sa cuisine. Je ne m’en étais pas rendu compte mais elle avait dû faire la même chose pour chaque pièce. Pourquoi a-t-elle eu besoin de le faire ? Est-ce normal de faire le ménage avec de s’ôter la vie ?

    Est-ce un truc typiquement féminin ? Parce que moi j’avais songé une fois ou deux que je serais bien mieux mort plutôt que vivant lorsque je me retrouvais seul, terriblement seul, et jamais il ne m’est venu à l’esprit de nettoyer mon appartement.

    Je m’approchais du réfrigérateur mais sans grande conviction. J’ai ouvert et c’était comme si je venais de l’apporter du magasin. Rien ! Il n’y avait plus rien.

    Je cherchais dans les placards et heureusement pour moi j’ai pu trouver de quoi me faire du café. Ça allait me permettre de rester éveillé jusqu’au lendemain matin.

    Je tenais une grande tasse fumante entre mes mains et me dirigeais vers la chambre. Peter était là, il n’avait pas changé de place, il était assis sur son lit et la dévorait des yeux.

    Je me sentais impuissant devant un tel spectacle et je ne voyais pas comment je pourrais trouver quelqu’un d’assez bien et d’assez fort pour leur faire oublier un tel amour.

    Il fallait que je parle à Peter. Je m’approchais de lui lorsque mon regard s’est posé sur le visage de cette jeune femme endormie sur ce lit. Elle m’attirait beaucoup, je m’approchais encore et posais le dos de ma main sur son front redescendant doucement e long de son visage. Des sensations parcouraient mon corps mais je ne devais pas me laisser submerger par de telles émotions. Je ne devais pas mélanger le travail et le plaisir.

    -          - J’aimerais tellement pouvoir la toucher à nouveau, me dit Peter.

    -          - Je suis désolé, je n’aurais pas dû le faire, pardonne-moi. Quelque chose me perturbe et j’ai besoin d’avoir des réponses.

    -          - Je sais ce que tu veux me demander. Tu veux savoir pourquoi je veux que tu lui trouves quelqu’un qui saurait me remplacer ?

    -          - Oui. Exactement.

    -          - Parce que je l’aime, voilà pourquoi. Je sais que je ne pourrais pas éternellement veiller sur elle. Notre amour restera dans nos cœurs à jamais mais je n’ai pas le droit de l’emprisonner ainsi. Elle doit avancer, refaire sa vie. Elle n’a que 21 ans Grégoire. Elle ne mérite pas cette vie qu’elle s’inflige chaque jour. Elle doit trouver quelqu’un qui l’aimera autant que je l’ai aimé.

    -          - Es-tu prêt à la laisser ? Je dois le savoir. Je ne veux pas l’aider si tu hantes toujours les lieux. Tant qu’elle sentira ta présence elle n’y arrivera pas.

    -          - Tu acceptes la mission que je t’ai confié ?

    -          - Je te donnerais ma réponse un peu plus tard. Je dois voir Sam. Sais-tu comment le trouver ?

    -          - Oui. Il attend dans le petit cimetière je crois. Veille sur elle en mon absence je reviens le plus vite possible.

    Il avait disparu et j’ai pris sa place sur le bord du lit. Je buvais mon café qui était froid maintenant. Justine dormait profondément, elle avait l’air apaiser.

    Qu’allais-je lui dire lorsqu’elle se réveillera ? Elle ne me connait pas, pour elle je suis un étranger. Mais je savais que j’avais encore du temps devant moi avant de répondre à cette question.

    Ses longs cheveux bruns étaient  passés sur chaque côté de son visage.

     

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    âmes

     

    Chapitre 6

     

    Ça faisait un moment déjà que Peter était parti. Il fallait que je réfléchisse à la situation et que je parle à Sam. Pourquoi ne s’était-il pas montré ce soir, où était-il ? Dans le cimetière ?

    Je m’installais dans un des fauteuils que j’avais transporté dans la chambre de Justine pour être plus à mon aise pour surveiller le sommeil de la belle endormie. L’aube pointait tout doucement le bout de son nez et la fatigue m’emportait de temps en temps pendant quelques secondes. Mais je ne devais pas m’endormir, je devais tenir bon au cas où elle se réveillerait.

    Sachant que les urgentistes lui avaient donné comme tranquilisant dans la seringue qui avait percé sa peau délicate je savais qu’elle n’était pas prête de se réveiller.

    Dans une heure j’appellerais un menuisier pour qu’il vienne réparer cette porte et je chercherais une solution pour ne pas la laisser seule pendant que je me rendrais au travail. J’aurais voulu rester à ses côtés aujourd’hui mais ce n’était vraiment le moment surtout si je ne voulais pas perdre mon boulot.

    -          - Hum ! Hum ! faisait quelqu’un dans mon dos.

    Je me redressais et me tournais vers la voix de mon ami.

    -          - Sam ! Bon sang, tu étais où ? lui dis-je furieux.

    -          - Je devais te laisser régler ça tout seul. On me l’avait demandé.

    -          - Qui ? Qui t’a demandé une chose pareille ? J’avais besoin de toi, j’avais besoin que tu te charges de Peter, que tu m’aides à lui parler.

    -          - Mes supérieurs. C’est eux qui m’ont obligé à rester en dehors de ça.

    -          - Pourquoi ?

    -          - Pour faire tes preuves sans moi, me dit-il tristement.

    -          - Qu’est-ce qui se passe ? Explique-moi.

    -          - Ils m’envoient sur une autre mission Grégoire.  Je ne pourrais plus être autant à tes côtés.

    -          - Mais … Ils n’ont pas le droit. Oh Sam ! Ne t’en vas pas. Si tu veux je peux leur expliquer.

    -          - Non ! Je dois partir mais je te fais la promesse de venir te voir régulièrement. Tu dois faire tes propres choix maintenant et suivre ta route sans moi.

    -          - Tu viendras si je t’appelle ?

    -          - Oui je viendrais dès que tu auras réellement besoin de moi. Tu n’es pas prêt d’être débarrasser de moi mon pote.

    Je sentais quelque chose se poser sur mon épaule, sa main, avant qu’il ne disparaisse comme il était apparu. Je prenais mon visage dans mes mains, je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Je devais faire passer les fantômes de l’autre côté sans mon ami de toujours.

    Je ne voulais plus de cette vie qui m’éloignait des gens que j’aimais. Pourquoi m’avait-on mis sur le chemin de Sam pour me l’enlever quelques années plus tard. Je savais au fond de moi qu’il y avait une raison derrière tout ça mais pour l’instant je ne voyais pas laquelle.

    Je levais la tête, Justine remuait dans son sommeil. Elle marmonnait.

    Je me suis approché afin d’entendre ce qu’elle disait. Elle rêvait encore de son amour perdu. Elle prononçait le nom de Peter et lui demandait de venir la chercher.

    -          - Elle prononce ces mots toutes les nuits.

    -          - Putain Peter, tu ne pouvais pas t’annoncer, j’ai cru faire une crise cardiaque, lui dis-je sèchement.

    -          - Excuse-moi je n’y ai pas pensé.

    -          - C’est rien ! Je vais m’habituer à te voir apparaitre aussi brusquement.

    -          - J’ai pris ma décision. Je ne veux pas faire le grand saut pour l’instant. Je veux attendre qu’elle aille mieux.

    -          - Mais…

    -          - Attends ! Je n’ai pas fini. J’attendrais mais ailleurs. Tu avais raison tant que nous serons aussi proche elle ne pourra pas retrouver une vie normale. Je te la confie Grégoire, prends soin d’elle. Si tu as des questions je serais tous les mercredis soirs vers 22 heures dans le petit cimetière où nous nous sommes rencontrés la première fois.

    Il s’approchait du lit et tendit sa main afin de faire le même mouvement que moi sur son visage sachant qu’elle ne sentirait rien pas plus que lui d’ailleurs avant de disparaitre.

    Et voilà elle était aussi seule que moi. Mais j’avais une raison de me relever et d’avancer, faire en sorte qu’elle aille mieux.

    Je regardais le réveil posé sur la table de nuit, il était 7H30. Je m’étirais et me levais un peu engourdi d’être resté toute la nuit dans ce modeste fauteuil. Je m’approchais de la fenêtre et regardais la ville reprendre, petit à petit, vie.

    Justine dormait toujours et elle avait cessé de parler depuis peu. Je me dirigeais vers le salon et trouvais dans un tiroir un annuaire. Après avoir passé quelques coups de fil, je trouvais quelqu’un qui voulait bien passer dans la journée pour réparer la porte et surtout mettre une nouvelle serrure.

    J’allais reprendre l’annuaire pour trouver une infirmière qui pourrait rester la journée avec Justine lorsque l’on frappait à la porte.

    J’allais ouvrir et devant moi se trouvait une femme d’une soixantaine d’années, le cheveu  gris et un sourire avenant.

    -          - Je voulais avoir des nouvelles de la jeune demoiselle mais je vous dérange peut-être.

    -          - Non. Enfin si un peu. Je dois passer des coups de téléphone. Je dois me rendre à mon travail mais je ne veux pas la laisser seule, vous comprenez ?

    -          - Oh ! Mais je peux rester avec elle si vous voulez ? Je ne vois jamais personne et ça me ferait énormément de bien de pouvoir rendre service.

    -          - Je ne veux pas vous déranger.

    -          - Mais non, mais non ! ça ne me dérange pas. Si ça ne vous embête pas je vais chercher dans mon appartement quelques petites choses pour la journée et ensuite vous pourrez partir à votre travail.

    -          - Merci Madame. Ne vous inquiétez pas je vous dédommagerais.

    -          - Ta ! Ta ! Ta ! Pas de ça pour l’instant jeune homme. Et puis ne m’appelez pas Madame mais plutôt Mathilda.

    Je n’avais pas pu rajouter autre chose car elle était repartie en direction de son appartement. Bien sûr je culpabilisais de mettre à contribution cette dame mais d’un autre côté elle m’enlevait une épine du pied.

    Un quart d’heure c’était écoulé lorsque je l’ai vu réapparaître avec un panier rempli de nourriture, de magasines et même d’un …. Tricot. Je lui donnais les instructions du médecin et lui racontait brièvement que sa jeune voisine avait tenté de se suicider après la perte de son fiancé. Je priais pour qu’elle reste vigilante et après lui avoir donné mon numéro de téléphone franchissait en courant la porte de l’immeuble.

    Je savais que j’allais être en retard mais je devais absolument passer par chez moi pour me changer. Heureusement pour moi mon patron n’était pas apparu de la journée et n’avait toujours pas donné signe de vie. En tant normal je me serais sans doute inquiété mais mon esprit était ailleurs.

    Les heures défilaient lentement, trop lentement. La fatigue que j’avais accumulé commençait à se faire ressentir et je n’avais qu’une hâte rentrer chez moi et dormir.

    Mais je savais que ce ne serais pas pour cette nuit, je devais aller voir Justine, prendre le relais afin que Mathilda puisse rentrer chez elle.

    Lorsqu’enfin je me trouvais devant la porte de l’appartement une agréable odeur me léchait les narines et faisait gargouiller mon ventre m’ouvrant ainsi l’appétit.

    Je frappais doucement constatant que la porte avait été changée. Mathilda est venue m’ouvrir m’offrant un large sourire lorsqu’elle m’a aperçu.

    -          - Bonsoir Mathilda. Ça s’est bien passé ? lui demandais-je impatiemment.

    -          - Oui. Très bien. Le menuisier est venu cet après-midi et je lui ai donné votre adresse pour la facture comme vous me l’aviez demandé.

    -          - Merci c’est gentil. Mais je voulais savoir si la jeune femme allait mieux.

    -          - Oui. Elle va mieux. Enfin elle a toujours son cœur brisé mais elle s’est montrée conciliante à chaque fois que je lui ai présenté un bol de bouillon.

    -          - Elle vous a dit quelque chose ? lui demandais-je nerveusement.

    -          - Qu’elle était désolée d’avoir créé autant d’ennuis.

    -          - C’est tout ?

    -          - Elle voulait savoir qui l’avait sauvé. Je lui ai dit que c’était charmant garçon et qu’il était resté à son chevet toute la nuit. Elle m’a demandé comment vous vous appeliez mais je ne connaissais que votre nom de famille.

    -          - Grégoire. Je m’appelle Grégoire. C’est de ma faute j’ai manqué de temps ce matin pour vraiment me présenter.

    -          - Suivez-moi à la cuisine Grégoire. Vous devez avoir faim ?

    -          - Il ne fallait pas, lui dis-je en arrivant dans la pièce qui sentait si bon et qui me mettait en appétit.

    -          - Pfff… Il fallait bien que je m’occupe pendant que la demoiselle dormait. Servez-vous autant que vous voulez, je vais rentrer chez moi, à moins que vous n’ayez encore besoin de moi ?

    -          - Non. Ça va aller pour ce soir. Avez-vous réfléchi à ma proposition ? Si vous voulez bien vous occuper de Justine je vous paierais un salaire en tant que dame de compagnie.

    -          - Et bien je ne roule pas sur l’or et un peu d’argent supplémentaire n’est pas négligeable. J’accepte votre proposition. Nous verrons demain pour les détails. Bonne nuit Grégoire.

    -          - Bonne nuit Mathilda.

    -          - Oh ! J’oubliais je lui ai donné ses médicaments et elle devrait dormir un moment.

    -          - Merci.

    Je la raccompagnais et fermais la porte à clef et la retirais de la serrure afin de la glisser dans la poche de mon pantalon. Je ne voulais pas qu’elle se sente prisonnière mais je ne voulais pas prendre le risque que Justine ne m’échappe et n’aille se jeter d’un pont. Je savais qu’elle n’était pas prête à vivre du nouveau.

    Je rangeais et nettoyais la vaisselle après l’excellent repas que je venais d’avaler. Je ne voulais pas que Mathilda aie du travail supplémentaire sous prétexte que je l’employais. Elle était là pour s’occuper de Justine, pour prendre soin d’elle pas pour me servir.

    Une fois terminé, je m’approchais enfin de la chambre. J’avais lutté pour ne pas le faire dès mon arrivé. J’avais peur que Peter ne surveille de loin mes faits et gestes et se rende compte que sa fiancé me plaisait plus que je ne voulais l’admettre moi-même.

    Elle était endormie dans une position plus naturelle que la veille. Elle avait repoussé ses draps et une jambe délicate dépassait légèrement.

    Je sentais encore en moi cette attirance pour cet être si fragile. Je fermais les yeux afin de reprendre mes esprits et reculais afin de sortir de cet endroit.

    Je m’installais sur le fauteuil en mettant mes jambes sur l’autre qui se trouvait en face. C’est alors que la fatigue m’a emporté et que je me suis endormi.

     

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    âmes
     
     
    Chapitre 7

    Justine




    La nuit avait envahi ma chambre lorsque je me suis réveillée.
    Pourquoi étais-je encore en vie ?

    Pourquoi on ne me laisse pas faire ce que je désire le plus au monde, mourir.

    Je me souvenais vaguement d’une silhouette masculine qui m’obligeait à marcher dans l’appartement, une douche, des voix et le brouillard. Mais une chose était certaine j’avais vu pendant quelques minutes le visage inquiet de Peter flottant dans la pièce.

    Pourquoi était-il inquiet ? Il aurait dû être ravi, ravi de voir que nous allions être ensemble à jamais. Mais ce n’était qu’un rêve, un mirage ou seulement un moment de faiblesse pendant que j’étais entre les deux mondes.

    Et cet homme ? Pourquoi m’a-t-il sauvé ? Comment a-t-il su ce que j’étais en train de faire ?

    Et cette vieille femme, Mathilda, pourquoi prenait-elle soin de moi ? Je l’avais aperçu quelquefois dans l’immeuble. Elle avait toujours le sourire et disait bonjour à tout le monde.

    Mais ça s’arrêtait là, enfin pour moi. Elle me regardait avec une telle douceur mais avec intensité que je n’avais pas pu refuser les bols de soupe qu’elle me tendait. Elle était bonne et chaude et emplissait mon estomac qui me faisait mal, conséquence des vomissements de la nuit précédente.

    Cette dame s’était montrée patiente toute la journée mais ce que j’avais apprécié par-dessus tout c’était qu’elle avait pris soin de moi sans m’envahir pour autant, sans me parler comme si j’étais une demeurée. Elle n’avait posé aucune question sur que j’avais fait et je lui en étais reconnaissante.

    Dans l’après-midi je me réveillais en sursaut par des bruits de marteau me semblait-il.

    J’allais me lever lorsque Mathilda qui avait dû m’entendre entrait dans ma chambre.

    Pour me sauver d’une mort certaine, le jeune homme avait fracassé ma porte et il avait fait le nécessaire pour qu’elle soit réparée dans la journée. De toute façon c’était la moindre des choses, je ne lui avais rien demandé et surtout pas de me sauver.

    Je me demandais si Mathilda était encore dans l’appartement. La pauvre elle devait être en mauvaise posture endormie sur un de mes fauteuils. J’aurais pu m’acheter un canapé mais pourquoi dépenser autant d’argent alors que notre plus cher désir était de rejoindre celui que j’aimais et que j’aimerais pour l’éternité.

    Je me levais prenant soin de ne pas faire de bruit et m’avançais doucement vers le salon. Je me suis aperçue à la couleur des cheveux que je n’avais pas à faire à une vieille dame aux cheveux gris mais à cet homme certainement celui qui m’avait empêché d’être heureuse. Il avait les cheveux d’un noir intense et sa peau était lisse et sans imperfections. Si mon cœur n’était pas emplis de l’amour que j’ai pour Peter j’aurais pu dire que celui qui se trouvait devant moi était un véritable canon.

    J’arrêtais de respirer un instant, il bougeait légèrement signe qu’il allait se réveiller. Je me tournais et rejoignais ma chambre à pas feutré. D’un côté je comprenais son geste mais de l’autre j’étais en colère après lui pour m’avoir empêché de rejoindre Peter. Il va falloir que je ruse pour me débarrasser de ces étrangers. J’en faisais le serment même si je devais attendre des semaines, des mois ou même une année, personne ne m’empêcherait de faire ce que je voulais. Peter je te fais cette promesse un jour je te rejoindrais, un jour nous serons enfin réunis. Et qu’est-ce que des mois par rapport à l’éternité qui nous attend.

     

     

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    âmes
     
     
    Chapitre 8

    Grégoire





    Je l’avais entendu se lever et se diriger vers moi. Mais je devais faire semblant de dormir. Je ne devais pas lui faire peur, elle avait entendu parler de moi aujourd’hui mais à ses yeux je n’étais qu’un étranger, un étranger qui s’était installé chez elle contre son gré. Malgré mes yeux clos je sentais son regard sur moi. Quelle était sa réaction ? Me trouvait-elle à son goût ? Me comparait-elle à Peter ? Pourquoi ces questions ? Elle ne pensait qu’à lui de toute façon.

    Comment expliquer ce que mon corps me faisait comprendre lorsque je pensais à elle ? Je me répétais que je ne devais pas penser à elle de cette façon. Je devais lui trouver quelqu’un de normal, quelqu’un qui saurait prendre soin d’elle.

    J’écoutais encore un instant et malgré moi j’ai légèrement bougé. J’ai dû lui faire peur car elle retournait doucement dans sa chambre. J’aurais aimé lui parler mais elle n’était sans doute pas encore prête à entendre mes explications.

    Mathilda est arrivée à sept heures ce qui me permettait de rentrer chez moi pour prendre une douche. Je l’avais également prévenu que je ne pourrais pas rentrer avant minuit et que c’était exceptionnel. Ça n’arrivait en général qu’une fois par semaine. Evidemment c’était pour mon boulot car je ne pouvais pas lui dire qu’une fois par semaine je devais me rendre dans un cimetière afin de rencontrer des fantômes.

    Il était à peine vingt deux heures lorsque je me glissais entre les tombes jusqu’à la stèle au fond du cimetière. Le silence y régnait j’avais perdu l’habitude. En général il y avait Sam mais mon ami n’était pas là. Il me manquait déjà alors que ça ne faisait que deux jours qu’il ne m’apparaissait plus.

    J’ai vu soudain une forme s’avancer devant moi. Elle prenait apparence humaine au fur et à mesure qu’elle s’approchait jusqu’à ce que je vois plus nettement que c’était Peter qui marchait dans ma direction.

    - Bonjour. Super théatrale ton apparition !

    - La dernière fois je t’ai fait peur alors j’ai voulu faire les choses plus calmement.

    - Humm ! Ouais ! Très réussi, lui dis-je en souriant légèrement.

    - Comment va Justine ?

    - Elle va mieux mais j’ai peur qu’elle ne recommence jusqu’à ce qu’elle réussisse à se tuer.

    - Je m’en doutais. Qu’est-ce que l’on peut faire ?

    - Du temps, il me faut du temps. Il faut que tu comprennes qu’elle ne peut pas t’oublier si vite. Et même si elle rencontre quelqu’un l’amour ne s’installera pas du jour au lendemain.

    - Et qu’est-ce que tu proposes ?

    - Et bien je crois que je devrais la sortir un peu, un resto, un cinéma, je ne sais pas moi.

    - Elle aime les films d’amour et la patinoire. Moi je détestais ça alors elle n’y est jamais retournée depuis qu’on vivait ensemble, elle ne voulait pas patiner seule.

    - La patinoire ? Très bonne idée.

    - Qui est la vieille dame qui passe la journée avec Justine ?

    - Quoi ? Tu avais promis de t’éloigner. Je suis sûre qu’elle sent ta présence. J’arrête, je n’y arriverais pas. D’un côté tu veux qu’elle retrouve quelqu’un et de l’autre tu le relies encore plus à toi.

    Je prenais le chemin du retour lorsqu’il s’est positionné devant moi.

    - Non ! Attends ! Je vais faire des efforts, c’est promis. Je ne me mêlerais plus de sa vie. Je vais m’éloigner, si c’est pour son bonheur je vais finir par y arriver.

    - Es-tu sûr que c’est ce que tu veux ?

    - Oui. Je veux vraiment qu’elle s’en sorte.

    Je réfléchissais encore. J’aurais tellement voulu qu’il me dise de ne plus m’occuper de sa fiancée. Qu’il renonçait à ses projets et qu’il resterait à ses côtés jusqu’à la fin. Je me serais éloigné, soulagé de ne plus lui mentir sur mes sentiments, sur la peur que j’avais de tomber amoureux fou de cette jeune femme.

    Mais il était malheureusement conscient qu’il devait la laisser vivre sans lui. Je restais seul quelques instants encore lorsqu’un fantôme m’est apparu. Les affaires reprenaient mais sans Sam cette fois.

    Il avait une trentaine d’années, les cheveux blonds et courts, une chemise blanche et un jean. Il avait fière allure et cependant comme à chaque fois son visage était empli de tristesse. La mission allait s’avérer compliquée car il ne savait pas pourquoi il n’avait pas suivi la lumière et franchi les quelques marches qui l’aurait mené vers l’autre monde.

    Je lui posais les questions d’usage comme son nom et ce qu’il faisait dans la vie avant sa mort. Il s’appelait Marchal Spencer, il était artiste peintre et sa mort remontait apparemment à pratiquement huit mois d’un accident de bateau.

    C’était une histoire incroyable comme je n’en avais encore jamais entendu. J’avais l’impression d’être dans un film de série B. Je me demandais ce que je pouvais faire pour lui. En fait j’allais devoir tout apprendre de cet homme et un gros travail de détective m’attendait.

    Je prenais congé de lui et lui donnait rendez-vous pour la semaine suivante, même jour, même heure.

    Je devais me dépêcher, Mathilda devait attendre pour rentrer chez elle. Mais était-ce la seule raison qui me faisait presser autant le pas ?

    D’ailleurs la vieille femme m’attendait avec impatience. Mon cœur s’était accéléré légèrement, est-ce que Justine avait fait une nouvelle tentative ?

    Mathilda m’a rassuré cependant elle tenait à me faire part que le lendemain elle devait s’absenter. Une urgence familiale. Mon dieu qu’allais-je faire ? Je ne pouvais pas empêcher cette charmante dame de rejoindre sa famille, ce serait vraiment égoïste après ce qu’elle avait fait pour moi, pour Justine.

    Je la rassurais et j’ai pris congé en lui demandant de ne pas s’inquiéter, il resterait le temps qu’il faudrait.

    Une fois seul, je tournais un peu dans la pièce histoire de réfléchir. C’était inimaginable pour moi de laisser Justine seule, elle était encore si fragile.

    Je téléphonais à une de mes collègues pour lui dire que j’étais malade et que je ne savais pas que je reprendrais le boulot. Elle m’a souhaité un rétablissement avant de raccrocher me laissant, mon téléphone toujours dans la main.

    Il fallait que je m’organise, que j’arrive à patienter au cas où Mathilda serait absente plus d’une journée. Je regardais le frigo et les placards, ils étaient pleins. Au moins nous n’allions pas mourir de faim et je ne serais pas obligé de sortir avant un jour ou deux.

    En fait inconsciemment j’attendais depuis un moment déjà de pouvoir m’occuper à plein temps de Justine. Mais comment allait-elle réagir ?

    Je m’allongeais sur les deux fauteuils qui devenaient vraiment inconfortables. Je verrais demain si je ne pouvais pas trouver une autre solution à ce problème.

    J’écoutais dans le silence de la nuit mais aucun bruit ne sortait de la chambre. J’ai fini par m’endormir pour une nuit sans rêve à moins qu’à mon réveil je n’en avais aucun souvenir.

     

     

     

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    Chapitre 9

     

    Je me levais tôt. J’avais mal au dos et marcher dans l’appartement me faisait le plus grand bien. J’allais prendre une douche en espérant qu’elle ne se réveillerait pas avant que j’ai préparé le petit déjeuner. Je voulais que tout se passe bien pour notre première rencontre.

    Une demi-heure plus tard l’odeur du café commençait à se répandre dans les pièces et les toast étaient prêts à être légèrement grillés.

    Je frappais à la porte de la chambre et tendais l’oreille.

    De légers bruits s’échappaient de la pièce et au bout de quelques minutes la porte s’est ouverte. J’ai reculé afin de lui laisser le temps de m’apercevoir.

    -          - Bonjour, lui dis-je d’une voix douce. Mathilda n’est pas là aujourd’hui et j’ai préparé le petit déjeuner si vous avez faim.

    -          - Merci. Vous êtes Grégoire c’est ça ?

    -          - Oui. Si vous voulez nous pourrons parler de tout ça dans la cuisine.

    Je me retournais et prenais la direction de la pièce où j’espérais elle me suivrait. J’ai mis le toaster en marche et j’ai servi le café. Je regardais une dernière fois si je n’avais rien oublié, confiture, beurre et miel étaient sur la talbe. Non c’était presque parfait. Je n’attendais plus que la jeune demoiselle.

    Elle a fait enfin son entrée et est allée s’assoir certainement à sa place habituelle. Je prenais l’autre chaise en face d’elle posant les tartines grillées.

    -          - Ne le prenez pas mal mais je n’accepte pas votre présence. Je n’avais pas besoin de vous, me dit-elle tout d’un coup assez sèchement.

    -          - Je m’en doutais. Mais je ne vous en veux pas. Par contre que vous le vouliez ou non je resterais jusqu’à ce que vous alliez mieux. Je ne m’attendais pas à ce que vous m’appréciez mais j’espérais que vous apprendriez à me connaitre. C’est tout ce que je demande.

    -          - Rien de plus ?

    -          - Rien de plus. Mangez pendant que c’est chaud.

    Nous avons débarrassé la table et tout rangé ensemble sans nous dire le moindre mot. Ce silence était pesant mais je ne voulais pas la brusquer. Elle avait été assez clair sur sa position à mon égard. Mais je ne me montrais pas vaincu.

    -          - Qu’est-ce que vous aimeriez faire ? lui demandais-je.

    -          - Je vais retourner dans ma chambre. A plus tard.

    -          - A plus tard, répondis-je d’une voix triste qu’elle remarquait  immédiatement.

    Elle a eu un temps d’arrêt mais seulement quelques secondes avant de reprendre le chemin de sa chambre.

    J’avais du temps devant moi avant le repas du midi et j’en profitais pour laver mes vêtements de la veille qui me permettrait de me changer demain sans être obligé de rentrer chez moi.

    Je pensais à Marchal et je notais sur une feuille mes premières idées de recherches. Pourquoi je n’avais pas emporté mon ordi ? Enfin ça ne m’aurait pas servi à grand-chose si je n’avais pas internet ici.

    Donc j’optais pour la bonne vieille méthode du papier et un crayon.

    Il était presque onze heures lorsque je repensais à mon idée que j’avais eu plus tôt. J’ouvrais la porte du palier et allait frapper à l’appartement le plus proche. Là une femme tenant un enfant dans les bras a ouvert la porte. Après quelques brèves explications elle me ramenait ce que je lui avais si gentiment demandé. Je retournais à l’intérieur de l’appartement de Justine trainant derrière moi un matelas pour une personne.

    Je faisais le tour de la salle à manger pour voir où je pouvais m’installer.

    -          - Vous comptez vraiment rester ? me dit une voix dans mon dos.

    -          - Bien sûr. Vous en doutiez ?

    -          - Non. Mathilda m’a dit que vous étiez assez têtu.

    -          - Et que vous a-t-elle raconté d’autres ?

    -          - Ce que vous aviez fait pour moi.

    -          - Oh ! Je vois. Vous avez envie d’en parler ?

    -          - Non, enfin juste une question. Je voudrais savoir pourquoi ?

    -          - Pourquoi je vous ai sauvé ?

    -          - Oui. Ce serait un bon début.

    -          - Le bon début serait que l’on arrête de se vouvoyer.

    -          - Ça me parait raisonnable. On va s’assoir ? me demanda-t-elle.

    -          - Euh ! Attends je me suis un peu installé sur les fauteuils. Laisse-moi débarrasser.

    Je m’activais à tout remettre en ordre et lui ai fait un geste l’invitant à me rejoindre.

    -          - Par où veux-tu que je commence ?

    -          - Par le début. Comment as-tu su ?

    -          - Humm …. Dure question. Comment t’expliquer ? J’ai comme un don. Je vois des choses.

    -          - Comme un médium ?

    -          - Si tu veux. Je ne peux pas te révéler certains détails mais quelque chose m’a poussé à venir ici. Je sentais que tu étais en danger. Ce n’était pas ton heure Justine. Le destin m’a mis sur ta route pour t’empêcher de faire l’irréparable.

    -          - Mais c’est mon problème. Je fais ce que je veux de ma vie.

    -          - Tu ne peux pas dire ça. Tu es encore à l’aube de ta vie.

    -          - Tu n’as pas le droit de me juger. Tu ne me connais pas, tu ne sais rien de ma vie.

    -          - Tu as raison. Pardonne-moi. Reprenons les choses au début. Je m’appelle Grégoire McDowells, je travaille en tant que conseiller financier dans une petite firme ici à New York. Mais en fait je viens d’Atlanta.

    -          - Atlanta ?

    -          - Oui. C’est une longue histoire.

    -          - Elle est intéressante ?

    -          - Non déprimante.

    -          - Désolée je ne voulais pas faire remonter des mauvais souvenirs.

    -          - Ce n’est pas grave. En fait j’aimerais pouvoir en parler à quelqu’un. Peut-être qu’un jour lorsque j’aurais rencontré la bonne personne.

    Elle me dévisageait, s’interrogeant certainement sur ce qu’avait été ma vie. Moi aussi je la dévisageais mais je n’avais pas les mêmes pensées qu’elle. Car mes pensées allaient vers elle, encore et toujours. Mon cœur chantait une douce musique lorsque j’étais près d’elle. Malheureusement nous étions partis du mauvais pied et son fiancé était encore entre nous. Je voulais tellement à cet instant être à sa place.

     

    Nous avons encore discuté quelque temps jusqu’à ce qu’elle veuille allez se reposer. Je décidais de chercher un coin à moi où poser le matelas pour la nuit. Mon dos n’aurait pas supporté une nuit de plus sur les fauteuils. Je regardais d’un air satisfait mon lit enfin ce qui pouvais ressembler à un lit. Je demanderais tout à l’heure à Justine si elle avait des draps et une couverture à me prêter. Ah et puis un oreiller.

    Je n’avais pas vu le temps passé car lorsque j’ai regardé ma montre il était déjà plus de treize heures. Je me précipitais dans la cuisine et j’ai ouvert le frigo. J’avais remarqué que Mathilda avait déjà préparé quelques plats à l’avance. J’ai ouvert une boite, l’odeur de poisson s’est tout de suite répandue et je l’ai refermé immédiatement ne voulant pas de ce menu dans l’immédiat. J’ai pris une autre boite et cette fois-ci le contenu m’a tout de suite mis en appétit, des spaghettis bolognaises. J’étais vraiment reconnaissant à Mathilda pour tout ce qu’elle faisait pour nous et je me disais qu’il ne fallait pas que je prenne ça pour  habitude sinon j’aurais beaucoup de mal à me séparer d’elle. En fait la cuisine ne me dérangeait pas, j’en avais pris l’habitude depuis que je devais prendre soin de moi. Sans me vanter je me débrouillais pas trop mal et le plus important j’aimais ça.

    J’ai fait de mon mieux pour que la cuisine soit accueillante et donne envie de s’y installer. J’allais frapper à la porte de Justine qui me pria d’entrer.

    -          - Le repas est prêt. Je suis désolé de t’avoir fait attendre.

    -          - Ce n’est pas grave, je n’ai pas faim de toute façon.

    -          - S’il te plait ! Tu as entendu Mathilda, je suis très têtu, lui dis-je en souriant.

    Elle est sortie de la chambre un peu rapidement et les effluves de son parfum sont venus vers moi m’ennivrant quelque peu.

    Je devais freiner mon attirance pour elle. Elle ne s’intéressait pas à moi et j’allais souffrir si je m’attachais à elle.

    Elle avait décidé de manger en silence et son regard restait posé sur son assiette.

    -          - Je t’ai froissé ? lui demandais-je enfin.

    -          - Laisse-moi tranquille, répondit-elle sèchement.

    -          - Pas de problèmes si c’est que tu veux.

    -          - Alors au-revoir.

    -          - Oh ! Je comprends ! Mais vois-tu, je veux bien ne plus te faire la conversation bien que, j’aime discuter avec toi. Mais tu te mets le doigt dans l’œil si tu crois que je vais partir pour que tu puisses te ôter la vie.

    J’étais en colère mais je n’arrivais pas à me persuader qu’il y avait une raison particulière. Je voulais qu’elle comprenne certaines choses. Je levais légèrement la tête vers elle et la regardais inquiet. Elle avait la bouche légèrement ouverte et avait un air ahuri. Je plissais le front cherchant ce qui avait pu la mettre dans cet état.

    -          - Ça ne va pas ? lui demandais-je d’une voix un peu rauque.

    -          - Si, si, ça va. C’est que …

    -          - Oui.

    -          - Tu aimes vraiment discuter avec moi ?

    Oh ! Voilà ce qui la chagrinait. Si elle savait que ce que je voulais c’était beaucoup plus qu’une discussion. Grégoire reprend toi.

    -          - Oui bien sûr, essayais-je de lui dire désinvolte.

    Le silence retombait mais cette fois-ci Justine mangeait de bon appétit. Je laissais un sourire apparaitre au coin de mes lèvres ravi d’avoir marqué un premier point.

    Après avoir fait la vaisselle et ranger la cuisine je me suis dirigé vers le salon en calculant dans ma tête le nombre d’heure qu’il me faudrait pour la revoir.

    Je stoppais dans mon élan car assise dans un des fauteuils se trouvait la jeune femme. Elle tenait dans sa main un livre et levait la tête me souriant légèrement.

    -          - Ça ne te dérange pas si je m’installe ici ? La chambre est un peu sombre pour lire.

    -          - Tu es chez toi et tu as le droit d’aller où bon te semble.

    -          - Si je suis chez moi je peux aussi te mettre dehors ?

    -          - Oui mais tu ne le feras pas.

    -          - Qu’est ce qui te fait croire ça ?

    -          - Et bien d’un côté tu veux rejoindre quelqu’un que tu aimais et de l’autre tu restes quand même attaché à ta vie.

    -          - Comment tu sais que j’ai perdu quelqu’un. Tu ne me connais pas. Comment peux-tu savoir ce que je ressens.

    -          - Parce que moi aussi j’ai perdu quelqu’un. Ce n’était pas une femme mais mon meilleur ami, mon frère, depuis que nous étions petits nous étions inséparables. Sam me manque chaque jour. Je me sens coupable d’être encore en vie et que lui soit mort.

    Je sentais à mes mots qu’elle frissonnait. Son regard était dans le vague comme envouté par le passé.

    -          - Comment est mort ton ami ? m’a-t-elle demandé subitement.

    -          - D’un accident de moto. J’étais avec lui, je m’en suis sorti pratiquement sans aucunes égratignures, pas lui. Mais d’après les médecins il n’a pas souffert. Ce n’est pas ça qui m’a empêché de culpabiliser et par la suite de faire fuir ma fiancée.

    -          - Tu étais fiancé ?

    -          - C’était tout comme puisque nous vivions ensemble depuis un moment déjà. Et n’ais pas pitié de moi, je suis conscient que c’est de ma faute si elle est partie. D’ailleurs j’ai rien fait pour la retenir.

    -          - C’est pour ça que tu as quitté Atlanta ?

    -          - Oui et non. Je n’allais pas bien du tout et je commençais à être un fardeau pour mes parents. Ils parlaient de me faire entrer dans une clinique privée de la région et j’ai préféré fuir et resté libre.

    -          - Et tu n’as plus de nouvelles de tes parents ?

    -          - Non. Ils n’ont même pas fait de recherches lorsque je suis parti, j’en ai déduit que c’était mieux comme ça.

    Elle tournait les pages sans même lire une seule phrase. Elle devait être légèrement troublée par mon histoire, au moins une partie de cette réalité qui me collait à la peau.

    -          - Merci, m’a-t-elle dit enfin.

    -          - De quoi ? lui demandais-je.

    -          - De m’avoir raconté ton histoire.

    -          - Tu sais il y a encore des choses à dire à ce sujet et sur ma vie mais comme je te l’ai déjà dit je les réserve à la personne qui sera prête à m’aimer pour ce que je suis.

    -          - Tu n’as jamais retrouvé l’amour ? me demanda-t-elle en rougissant.

    -          - Non jamais, lui mentant incroyablement bien.

    Elle allait reprendre sa lecture mais j’en avais décidé autrement et je voulais savoir si elle me parlerait de Peter.

    -          - Et moi je peux te poser une question ? lui demandais-je tendrement.

    -          - Bien sûr.

    -          - Pourquoi Justine ? Pourquoi veux-tu mourir ?

     

     

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