• Loin de la Rue - Chapitre 4

     

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    CHAPITRE 4




    Cela faisait presqu’une semaine que chaque jour à la tombée de la nuit je rejoignais l’abri de ma belle pour veiller sur elle dans son sommeil.

    Plus j’étais près d’elle, plus je m’attachais à cette écorchée de la vie.

    J’étais de plus en plus curieux de savoir ce qui l’avait poussé à vivre là mais une chose était certaine ce choix n’était pas volontaire.

    Je la regardais manger son modeste repas qu’elle voulait partager avec moi. Comment lui dire qu’elle en avait certainement plus besoin que moi ?

    Elle me racontait sa journée en n’oubliant aucun détail. Elle m’a parlé de moi aussi, enfin de mon moi humain. A ces mots j’avais tendu l’oreille lui montrant que j’étais attentif à ce qu’elle disait. Elle me trouvait très mignon mais un brin arrogant. Elle se demandait ce que je pouvais bien faire pour avoir atterri dans ce quartier. Comme j’aimerais tout lui raconter. Mais serait ce possible un jour ? En tout cas si je n’arrivais pas à faire parti de sa vie je ne m’éloignerais que lorsqu’elle serait en total sécurité. Même si c’est la seule chose que je ferais dans cette ville, je lui ferais quitter la rue.

    Elle travaillait aussi dans une quincaillerie, un magasin de bric et de broc où tout le monde trouvait son bonheur. Elle arrivait à gagner quelques dollars ici ou là, juste de quoi s’acheter de la nourriture.

    Les nuits étaient de plus en plus froides. Cela m’était égal bien que ça faisait un moment déjà que je n’avais pas cette expérience.

    Grâce à ce Carl je savais enfin qu’elle était son prénom. Alice, voilà comment elle s’appelait. Tout de suite on pense à Alice au pays des merveilles et bien là maintenant, à cet endroit, il n’y avait rien de merveilleux. Nous étions plutôt dans un monde cruel et triste. Et pourtant je sentais qu’à mon contact elle souriait plus qu’auparavant et ça me rendait heureux. Mais en forme animal que pouvais-je faire pour elle à part la réchauffer et la protéger.

    Alice me rappelait ce que j’avais dit dans la boutique que j’y retournerais la semaine après notre rencontre. Je n’arrivais pas à le croire elle attendait cette nouvelle rencontre et irait voir demain si monsieur Blackwells avait besoin d’elle. Si un loup pouvait sourire c’est ce que j’aurais fait à cet instant.

    J’avais appris à la connaitre un peu et je savais qu’elle n’aimait pas la charité ni la pitié à son égard.

    Nous avions pris l’habitude de partir ensemble. Je l’accompagnais jusqu’aux premières habitations où chacun de nous prenait sa propre route.

    Je regardais autour de moi afin de ne pas être vu lors de ma transformation. Je m’étais trouvé un coin tranquille à l’abri des regards mais je devais être vigilent.

    Depuis deux jours mon portable n’arrêtait pas de sonner. Je savais ce que ça voulait dire mais je ne voulais pas y penser, du moins pas tout de suite. J’étais conscient qu’il leur faudrait une explication. Ils avaient senti que je me transformais chaque nuit. J’avais échappé à tout ça et pourtant ma nature me rattrapait indéniablement.

    Je m’attardais sous la douche où l’eau chaude ruisselait sur ma peau hâlée.

    Très vite mes pensées revenaient vers Alice. Son visage passait devant mes yeux. J’avais appris à connaitre chaque petite parcelle de celui-ci. J’ai fermé les yeux m’imaginant tracer une ligne imaginaire à l’aide de ma main de sa tempe jusqu’à son menton. La douleur était là au fond de moi. Je voulais la prendre dans mes bras, la couvrir de baisers, lui donner ce qu’il lui manquait, un toit.

    J’avais opté pour un jean, un sweat simple et chic à la fois. Je ne voulais pas qu’elle soit gênée en ma présence.

    J’en avais pour cinq minutes à me rendre dans la librairie et pourtant cela m’a paru une éternité.

    J’aimais déjà cette boutique avant, l’odeur des vieux livres, le tintement de la cloche de la porte d’entrée, son propriétaire et maintenant la jeune fille qui se cachait au fond de la pièce derrière des rayonnages.

    - Bonjour Monsieur Blackwells.

    - Bonjour Mathieu, me dit-il en jetant un œil derrière lui. Que puis-je faire pour vous aujourd’hui ? Vous voulez passer une commande ?

    - Non. Pas aujourd’hui. J’aimerais choisir un roman mais je n’ai aucune idée de ce qui m’intéresserai.

    - Les romans sont là-bas, l’avant dernier rayonnage. N’hésitez pas à me demander si vous êtes indécis.

    Je m’approchais de lui et en chuchotant je lui dis merci alors qu’il me souriait en me faisant un clin d’œil. Il avait compris que ce n’était pas les livres qui m’intéressait aujourd’hui.

    Je furetais ici et là, prenant un livre pour lire le résumé avant de le remettre à sa place. J’ai poussé légèrement celui qui se trouvait à côté pour qu’il puisse tomber de l’autre côté. Je franchissais enfin la dernière étagère et je suis tombé nez à nez avec Alice.

    - Oh pardon ! Je ne vous ai pas fait mal au moins, lui dis-je en ramassant le livre.

    - Non ! J’ai juste sursauté un peu.

    - Désolé. Je vois que monsieur Blackwells avait encore besoin de votre aide. Ce sont de revus anciennes ?

    - Oui. Il en reçoit chaque semaine et j’aime bien venir aider.

    - Je vois ça. Je m’appelle Mathieu mais ça vous le saviez déjà.

    - Oh oui la semaine dernière. Excusez-moi encore mais c’était la première fois que monsieur Blackwells me laissait la boutique.

    - Ne vous inquiétez pas j’avais compris. Je voulais juste vous taquinez un peu. C’est moi qui dois m’excuser.

    - Je dois continuer à trier ces revues.

    - Je ne sais toujours pas votre nom.

    - Alice.

    - Enchantez Alice.

    Je reprenais ma place dans le rayon des romans afin de ne pas la brusquer. Je devais y aller tout doucement. Je savais que si je faisais quelques pas en avant il me faudrait en refaire en arrière. J’essayais de l’apprivoiser tout simplement.

    Mais sur ce plan là j’avais un avantage. Je saurais dès ce soir ce qu’elle avait penser de cette rencontre.

     

     

    loinrue3

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