• Loin de la rue - chapitre 23

     

     

    loin
     
     
    CHAPITRE 23
     
    ALICE
     
     
     
    J'essayais de m'imaginer Matthiew en bonne santé car penser qu'il lui était arriver le pire me déchirait de l'intérieur.

    J'avais cédé à la peur j'avais fui. Ce monde était si nouveau pour moi que je n'en comprenais pas le principe. Je n'avais pas eu le choix.

    J'aimais Matthiew, il était celui que j'avais attendu toute ma vie mais on exigeait de lui de prendre ses responsabilités envers ses semblables. Je n'avais pas le droit de me mettre en travers de son chemin, de son avenir. Il n'avait pas le choix mais il ne m'aurait jamais laissé partir.

    Et puis il fallait que je mette de la distance entre le père de Matthiew et moi. Il était hors de question qu'il me renvoie auprès de mon oncle. Je devais aller le plus loin possible, me fondre dans la masse, repartir de zéro.

    Je n'avais pas le choix il fallait que je retourne à Seattle, il fallait que je récupère mes affaires. J'ai marché une partie de la nuit jusqu'à tomber sur une route où vu l'heure il n'y avait pas un chat. Aucune voiture à l'horizon. Comment savoir si je devais prendre à droite ou à gauche ?

    J'avais décidé de prendre à droite et de reprendre ma marche.

    Le jour s'est enfin levé j'étais épuisée mais je devais continuer.

    Les larmes coulaient le long de mes joues. Je savais qu'il était arrivé quelque chose de grave à Matthiew car il m'aurait déjà retrouvée, j'en étais certaine. A moins que son père ne le retienne prisonnier afin de l'empêcher de courir à ma recherche. Mon cœur se brisait à chacun de mes pas. Plus jamais je n'aimerais.

    Une lueur d'espoir m'est parvenue lorsque je suis arrivée devant une station essence. J'ai demandé mon chemin à la jeune femme derrière le comptoir et je me suis sentie soulagée de savoir que j'étais sur la bonne route. Il m'a fallu deux bonnes heures de plus pour enfin trouver un véhicule qui allait à Seattle.

    J'aurais pu me reposer un peu pendant le trajet mais la peur m'en empêchait et la faim également. Je n'avais rien avalé depuis la veille et encore me savoir surveiller pendant tout le repas m'avait coupé l'appétit tout comme pour Matthiew.

    Matthiew ? Est-ce qu'un jour je pourrais lui expliquer pourquoi j'étais partie, pourquoi je l'avais fui ? Me pardonnerait-il ?

    J'étais encore absorbée par mes pensées lorsque le chauffeur m'a demandé si ça ne me dérangeait pas si il me déposait dans le centre.

    J'ai fait non de la tête en essayant de sourire un peu.

    Je connaissais bien l'endroit et je pourrais rejoindre rapidement l'appartement de Matthiew.

    Je remerciais mon chauffeur et le regardait partir en lui faisant un signe de la main.

    Mon ventre gargouillait mais je n'avais pas d'argent. Dans ma poche une seule chose la clef de l'appartement. Je faisais passer l'objet de métal entre mes doigts. Mon cœur battait fort.
    Matthiew m'attendait peut-être là-bas, il savait que je récupérerais mes trésors, les seuls biens qui me restaient de mes parents.

    J'approchais et me cachais non loin de l'entrée. Je devais être sûre qu'il n'y ait personne avant de m'engouffrer dans le bâtiment. J'avais froid mais j'avais connu pire situation. Il faisait nuit maintenant et je suis enfin sortie de ma cachette. Je montais les escaliers doucement comme si mes pieds étaient trop lourds pour gravir les marches.

    J'enfonçais la clef dans la serrure, j'ai ouvert la porte et je suis entrée. Le silence régnait et sur le sol était encore éparpillé ce que j'avais dû faire tomber en me débattant. J'ai pris soin de fermer la porte et de mettre les sécurités. Je n'osais pas allumer les lumières.
    Heureusement pour moi les quelques lampadaires de la rue éclairaient un peu les pièces.

    J'ai fait le tour des pièces, il n'y avait personne. Je ne savais pas si j'étais soulagée ou si j'étais déçue qu'il ne soit pas là.

    Je suis allée dans la cuisine. Il fallait absolument que je mange quelque chose.

    J'ai rassemblé mes affaires dans mon vieux sac et j'ai ajouté quelques loups sculptés. Je voulais quelque chose de lui comme j'avais ce qui pouvait me rappeler mes parents.

    J'ai également vidé l'armoire. Ces vêtements il me les avait offerts et puis je ne devais pas lui laisser ce qui lui ferait penser à moi. Du moins pas ce genre de choses.

    Je suis allée sur le canapé, mon sac près de moi. La fatigue se faisait ressentir et je devais me reposer. J'avais à peine posé ma tête sur le coussin que j'étais déjà dans les bras de Morphée.

    Je me suis réveillée en sursaut, il faisait déjà jour et la matinée était bien entamée. Je regardais l'heure, dix heures trente. Et bien je m'étais écroulée et j'avais dormi comme une marmotte. Je devais me dépêcher plus je restais plus j'avais des chances que Matthiew me retrouve. J'avais un peu d'argent liquide que m'avait donné Mr Blackwells l'autre jour. Ce n'était pas mirobolant mais ça me permettrait sans doute de prendre le bus.

    Je regardais une dernière fois l'endroit où j'avais été si heureuse lorsque mes yeux se sont posés sur le bloc de dessin de Matthiew. C'était plus fort que moi il fallait que je regarde, même si je ne l'aurais jamais fait sans avoir sa permission.

    Je tournais doucement les pages complètement ébahi par ce que j'y voyais. Il m'avait dessiné encore et encore. Les premières pages il avait dû les dessiner de mémoires. C'était moi comme il me voyait lorsque le loup prenait soin de moi dans mon abri.

    J'avais l'impression de revivre ma vie à chaque page. Je voyais mon évolution jusqu'à ce que je me vois avec un énorme sourire et les yeux qui reflétaient tout l'amour que j'avais pour lui. Je me demandais si il ne l'avait pas su avant moi.

    Sur ce dernier dessin j'ai voulu lui écrire un message. J'ai pris un stylo et en m'appliquant j'ai écrit « pardonne-moi » et « je t'aime ».

    J'ai tourné les pages et j'ai déchiré le dessin qui me représentait debout et à côté de moi l'amour de ma vie, en loup. Je pliais délicatement la page et je la mettais avec mon livre de contes.

    J'ai pris mon courage à deux mains, j'ai laissé la clef sur la table du salon et je suis partie en claquant la porte. Je me suis retournée. J'ai déposé un baiser sur mes doigts et j'ai posé ma main sur la porte comme un adieu à ma vie d'avant.

    Instinctivement j'ai pris la direction de la librairie de Mr Blackwells. Je lui devais bien ça. Il aurait de la peine mais il garderait mon secret. Il ne ferait rien pour m'empêcher de partir.
    En poussant la porte la clochette a tinté et je me suis sentie bien immédiatement.

    - Alice ! s'empressa de me dire le vieil homme en se précipitant vers moi et m'enlaçant de ses bras. Où étiez-vous ? On s'est fait un sang d'encre. Vous auriez pu nous donner des nouvelles ?

    Il reculait pour mieux me regarder et il a compris qu'il s'était passé quelque chose.

    - Alice où est Matthiew ? Et pourquoi as-tu ton sac ?

    - Je pars Mr Blackwells, je ne peux plus rester ici. Je suis venue vous faire mes adieux.

    - Mais pourquoi jeune fille ? J'avais tellement fondé d'espoir sur toi. Il y a sûrement une solution ?

    - Non ! Mon passé me rattrape. Il faut que je parte. C'est ici que l'on viendra me chercher en premier. Ça me brise le cœur aussi de vous laissé mais je n'ai pas le choix. Laissez-moi partir. Je vous promets de vous faire savoir si je vais bien. Prenez soin de vous et de votre femme vous êtes dans mon cœur à tout jamais.

    Je m'enfuyais encore. Je voulais partir vite pendant que j'en étais capable.

    - Alice ! Attends ! Et Matthiew ?

    - Matthiew doit s'occuper de sa famille, lui non plus n'a pas le choix. Nos routes doivent malheureusement se séparer. Au revoir, lui dis-je en l'embrassant tendrement sur sa joue.

    - Tiens prends ça, me dit-il en me tendant quelques billets. Fais plaisir à un vieil homme et surtout promets-moi de ne pas retourner dans la rue.

    - Je vous le promets et je vous jure que je vous rembourserais.

    Il fallait que je m'éloigne. J'étais déjà loin lorsque la porte du magasin s'est fermée et je n'ai pas pu entendre une dernière fois ce tintement devenu si habituel.

    J'étais essoufflée et je me suis arrêtée pour reprendre mon souffle. Je savais que j'avais fait de la peine à Mr Blackwells. J'espérais qu'il me comprendrait. C'était dur pour moi aussi de tout reprendre à zéro.

    J'étais à deux ou trois rues de la gare routière. Je marchais d'un pas soutenu. Plus vite je m'éloignerais plus vite je laisserais mes problèmes derrière moi. Mais où aller ?

    Le bruit des bus m'ont fait sortir de mes pensées. Je regardais le panneau d'affichage afin de voir où je pourrais aller. Je n'en avais aucune idée. Et puis avais-je assez d'argents ? Je vidais mes poches.

    Ma décision était prise j'irais à San Francisco. Je demandais à un homme au guichet qui m'a dit que ma première étape serait Portland. Je prenais un billet pour un simple aller qui m'a couté une vingtaine de dollars.

    Je devais attendre une heure trente avant le départ de celui-ci alors je me suis dirigée vers un kiosque où j'ai acheté une bouteille d'eau, un sandwich et un magazine. Ce n'était pas dans mes habitudes mais je devais me changer les idées.

    La route serait longue. En fait je devais changer quatre fois de bus. J'avais regardé ce que j'avais en poche et je possédais un peu plus de 150 dollars en comptant ce qui m'appartenait. Je savais qu'il ne me resterait plus beaucoup d'argent pour manger ou dormir mais ce n'était pas le plus important. Dormir dehors je connaissais déjà et avoir faim ce ne serait pas une première non plus. Et puis si il fallait que j'arrête mon voyage en cours de route j'étais prête à l'accepter n'ayant de toute façon pas de destination précise.

    Je faisais route vers un nouvel avenir, vers une nouvelle vie. Les paysages défilaient et à côté de moi était assise une jeune fille à peine plus âgée que moi et qui me tendait la main avec un sourire.

    - Bonjour ! Je m'appelle Mary-Anne.
     
     
    loinrue1

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