• Loin de la Rue - chapitre 2

     
     

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    Chapitre 2




    Cela faisait presque trois heures que je m’attelais à la tâche pour lequel Monsieur Blackwells m’avait permis de rester. Les clients se faisaient rares mais pour la plupart ils ne s’imaginaient même pas que je me trouvais au fond de la boutique.

    - Alice ?

    - Oui monsieur Blackwells.

    - J’ai une livraison urgente à quelques centaines de mètres d’ici et je voudrais que tu surveilles la boutique.

    - Mais monsieur. C’est impossible, je ne suis pas une employée. Je préfèrerais que vous fermiez la boutique et je vous attendrais à l’extérieur ou bien appeler votre femme.

    - Alice, j’ai confiance en toi et puis tout au plus je ne serais parti qu’une demi-heure. Anna n’était pas en grande forme ce matin alors tu comprendras que je ne veuille pas la déranger. Tu auras un supplément je t’en fais la promesse.

    - Je préfère vous attendre à l’extérieur.

    - Ecoute Alice. Je sais ce que tu es et je sais aussi que je peux te faire confiance alors faisons un compromis. Je sais pourquoi tu ne veux pas rester seule dans la boutique alors je fermerais ma caisse à clef comme ça tu pourras rester au chaud sans avoir peur que je ne t’accuses de quoi que ce soit. Ça te va ?

    - D’accord, lui dis-je boudeuse. Et si il y a des clients ?

    - Vu l’heure il ne devrait y avoir personne mais au cas où et bien, dis-leur que j’arrive ou demande leur de passer plus tard.

    - Très bien monsieur Blackwells. Je vais essayer de ne pas vous decevoir.

    Je le regardais fermer la caisse à double tour et mettre sa clef dans la poche du gilet de son costume trois pièces, prendre un paquet et sortir sans un mot.

    J’étais mal à l’aise, je n’aimais pas cette situation. Et si quelqu’un qui connaissait bien le libraire passait par là et me voyant seule dans la boutique appelerait la police. Un vent de panique me fouettait le visage et je retournais me cacher au fond de la pièce afin de m’assoir sur le sol et reprendre mon souffle.

    Je regardais l’horloge et surtout les minutes qui prenaient vraiment leur temps pour passer de l’une à l’autre. Je reprenais mon travail espérant que le temps passerait plus vite. J’allais prendre le dernier paquet de revue lorsque la sonnette de la porte se fit entendre.

    J’avais du mal à respirer et restait cloitrer sans faire le moindre bruit. Au bout de cinq longues minutes qui me parues interminables je sursautais lorsqu’une voix se fit entendre.

    - Il y a quelqu’un ? S’il vous plait !

    La voix était celle d’un homme jeune. Elle était claire et sûre. Je ne savais pas quoi faire et cependant comme attirée je sortais de ma cachette.

    - Je suis désolée, dis-je sans me montrer réellement et restant bien au fond de la pièce, mais monsieur Blackwells est parti en livraison il revient tout de suite, si vous voulez bien patienter.

    - Disons que je suis un peu pressé. Je viens chercher un livre que j’ai commandé. Pouvez-vous m’aider ?

    Je me rapprochais de la lumière et de cet homme que j’avais du mal à voir à travers les rayonnages. De toute façon il comprendrait en me voyant que je n’étais pas une employée.

    Enfin je le voyais, il était vraiment très beau. Brun, le teint mat et lorsqu’il m’a aperçu il n’a eu aucun geste de recul et m’a accueilli avec le plus beau sourire que je n’avais jamais vu. Mon cœur battait la chamade et mes jambes avaient du mal à me porter.

    - Bonjour mademoiselle. Pouvez-vous m’aider ?

    - Je ne travaille qu’occasionnellement ici et je ne sais pas où sont les commandes. Et puis je n’ai pas accès à la caisse, lui dis-je gênée.

    - Il n’y a pas de problèmes ma commande est déjà règlée et je crois savoir que monsieur Blackwells met ce qu’il y a en attente derrière le comptoir en dessous de la caisse.

    - Vous êtes bien renseignés, rajoutais-je un peu sèchement.

    - Disons que j’adore lire et que je suis fidèle à cette boutique depuis plus de huit mois maintenant, depuis que j’ai aménagé près d’ici.

    - Quel est le titre du livre ?

    - Contes et légendes d’Irlande.

    Je regardais sous le comptoir et après avoir soulevé deux ou trois livres je trouvais l’objet de mes recherches. Un post-it y était collé, il y avait écrit un nom.

    - Je peux savoir comment vous vous appelez ?

    - Par curiosité ou bien pour vérifier que je suis bien l’heureux acquéreur de cet ouvrage ?

    Mes joues s’empourpraient immédiatement et j’ai sentis une douce chaleur s’emparée de moi alors que mon cœur recommençait à battre à un rythme plus important que la normale.

    - Je suis désolé si je vous ai mis mal à l’aise. J’ai voulu plaisanter et en fait je vous ai mis dans l’embarras.

    - Ce n’est rien. Alors, votre nom, s’il vous plait.

    - Oh ! Oui ! Mathiew Forbes. Vous voulez une pièce d’identité ?

    - Non. Ça ne va pas être nécessaire.

    Je lui tendais le livre d’une main peu assurée. Je regardais mes mains, elles étaient abimées par le froid, allait-il le remarquer ?

    - Merci. Puis-je à mon tour savoir votre nom ?

    - Non, répondis-je un peu trop sèchement.

    Il prenait un air d’incompréhension et allait sans doute me demander pourquoi lorsque la sonnette de la porte s’agita.

    Monsieur Blackwells était de retour et je n’osais pas le regarder de peur de voir la fureur dans son regard pour avoir fouillé dans ses affaires. Je savais que j’avais eu tort.

    - Mathiew ! Content de te revoir. Tu viens pour ta commande ?

    - Cette charmante demoiselle a bien voulu me le donner mais je vous rassure, il a fallu que je lui prouve mon identité avant d’avoir enfin mon livre. Vous ne m’aviez pas dit que vous cherchiez quelqu’un pour vous aider.

    J’étais retournée au fond de la librairie espérant partir rapidement d’ici.

    Monsieur Blackwells qui avait vu mon manège savait que je ne voulais pas le mettre dans l’embarras et que je ne voulais pas qu’il lui dise ce que j’étais.

    - Mathiew depuis quand vous montrez vous si curieux ? lui dit-il d’une voix qui voulait se montrer courtoise.

    - Oh ! Et bien c’est vrai vous avez raison, cela ne me regarde pas. De toute façon il faut que je file. Je repasserais la semaine prochaine, rajouta-t-il un peu plus fort sans doute dans l’espoir que je l’entende mais ça ne devait certainement pas être ça.

    Monsieur Blackwells s’avançait vers moi.

    - Il est parti, tu peux sortir de ta cachette.

    - Je suis désolée je lui ai dit de vous attendre mais il a insisté et puis il m’a certifié que le livre était payé. Je comprendrais si vous ne désireriez plus que je vienne.

    - Alice, Alice. Humm calme-toi. Je voulais te dire que tu avais très bien fait. Mathiew est un excellent client. C’est plutôt à moi de m’excuser. Je suis triste de t’avoir mis dans l’embarras. J’espère de tout mon cœur que tu reviendras travailler ici.

    - Vous savez que j’ai besoin d’argent pour manger et vivre tout simplement. Vous êtes bons pour moi. Je serais vraiment une mauvaise personne si je me montrais aussi égoïste. Je vous suis redevable de tellement de choses.

    - Merci mon enfant. Tu peux attendre ici cinq minutes, s’il te plait ? Je t’ai promis un bonus.

    Lorsqu’il est revenu il portait une couverture, quelques provisions et un réchaud. Je me sentais mal et avais du mal à avaler ma salive.

    - Et je ne veux pas de refus jeune fille. Ça fait un moment que je voulais te les donner mais tu étais si fière, si hostile à ce que l’on vienne à ton aide. Alors tu prends ce que je te donne parce que c’est que gentillesse et affection et non avec pitié que je te les offre.

    J’avais les larmes aux yeux et lui sautais au cou le déséquilibrant légèrement.

    - Oh doucement. Je ne tiens plus autant sur mes jambes.

    - Désolée. Merci.

    J’ai mis mon réchaud dans mon sac avec mes autres trésors et j’ai roulé la couverture afin de l’attacher à une des lanières. Le libraire me donna également mes cinq dollars pour mon travail de la journée.

    Une fois dans mon abri de fortune je regardais ce qu’il y avait dans le sac. Deux sandwichs enveloppés de papier, quelques fruits, deux paquets de gâteaux un au chocolat un autre à l’abricot, une tablette de chocolat et des chips. Pour moi c’était un peu comme si c’était déjà Noël. La couverture était chaude et épaisse. Je la posais sur mes épaules un peu comme une cape m’enveloppant immédiatement d’une extrême chaleur. Je mangeais un des sandwichs, un peu de chips, deux gâteaux au chocolat et une pomme. Heureusement j’avais acheté une bouteille d’eau sur le chemin du retour car je me sentais gavée comme une oie. Je regardais mon réchaud et me disais que je le garderais pour les soirs où la température descendrait en-dessous de zéro. Il était d’un petit format et je pouvais le garder avec moi dans mon sac ce qui me rassurait.

    Je commençais à préparer ma couche lorsque j’entendis des bruits non loin de moi. Je cherchais mon couteau et le trouvais rapidement. Deux hommes qui trainaient dans la ruelle se sont plantés devant mon abri. L’un d’eux tenait une lampe de poche. Mon cœur battait très vite mais en aucun cas je devais leur montrer ma peur.

    - Salut ! me dit l’un d’eux.

    - Salut ! répondis-je sèchement.

    - Tu es bien installée dis donc ! Mais il commence à faire froid et mon ami et moi nous pourrions te réchauffer.

    - Ce n’est pas la peine, je n’ai besoin de personne.

    - C’est ce que tu crois, me fit l’autre homme en se baissant pour me caresser la jambe.

    - Laissez-moi tranquille. Dégagé où je…

    - Où quoi ? Tu vas appeler Carl ? Ma pauvre fille si tu savais. On l’a tellement fait boire qu’il s’est écroulé plus loin sans connaissance.

    Je m’accrochais au manche de mon couteau attendant que l’un d’eux s’approche encore plus de moi. Je le jurais devant Dieu plus personne ne me violerait sans en perdre la vie. Même si c’était la dernière chose que je ferais.

    J’entendais sur ma droite les grognements d’un animal. Les hommes se redressaient et dirigeaient la lumière vers le bruit. Un animal approchait je ne le voyais pas encore mais une chose était sûre, mes deux agresseurs reculaient en fixant quelque chose dans la nuit.

    Puis il est enfin apparu. Il montrait ses crocs en grognant. Il avançait majestueusement jusqu’à ce qu’il soit devant moi. En fait il s’était positionné entre les deux hommes et moi. Je le regardais se déplacer faisant des allées et venues, tel un barrage pour me protéger. Au début je pensais à un berger allemand mais celui-ci était plus grand, plus musclé aussi et là j’ai su que j’avais à faire à un loup.

    Il ne fallu que quelques minutes pour que mes agresseurs ne partent en courant ne voyant qu’un jet de lumière bouger à travers la nuit.

    L’animal me fixait, il ne grognait plus et ses babines avaient repris un air plus calme cachant à nouveau ses crocs.

    Il s’approchait de moi doucement. J’essayais de ne pas avoir peur mais j’entendais mon cœur taper contre les parois de mon corps. Il me fixait encore jusqu’à ce qu’il se couche près de moi regardant dans la direction où mes assaillants avaient disparus. Je me mettais dans mon sac de couchage et m’enveloppais de ma couverture. Je me calmais au contact de cet animal qui m’avait sauvé d’une agression certaine.

    - Merci, lui dis-je d’une voix pleine de reconnaissance.

    J’allais fermer les yeux lorsque je sentis sa truffe dans ma main et la pousser afin que je le caresse. Ce que j’ai fait jusqu’à ce que je m’endorme sereine.

     

    loinrue1

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