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    loindelarue

     

     

    Chapitre 1
     

     


    La rue était déserte. Enfin rue était un bien grand mot. C’était plutôt une impasse où se mêlaient des bâtiments en ruine et des terrains vagues. Ce qui était curieux c’était qu’à deux rues d’ici se trouvaient des hôtels très chics et des boutiques de luxe.

    Comment pouvait-on envisager que deux endroits si différents soient si proches l’un de l’autre ?

    Il commençait à faire froid et j’espérais avoir du temps pour me préparer à passer encore une fois un hiver dehors.

    Oui je vivais dans la rue, j’étais comme on disait une sans domicile fixe, une sdf pour abréger et je n’avais que 19 ans.

    Ce qui me servait de maison n’était autre que des morceaux de cartons et des bâches. Je n’avais rien à part une montre à goussets qui avait appartenu à mon grand-père et que je cache précieusement dans la poche de mon pantalon, un livre de contes pour enfant que ma mère me lisait chaque soir et une boîte en fer rouillée dans laquelle quelques photos, des clefs et quelques lettres se mélangeaient. Tout mon trésor était rangé dans un sac à dos bon marché qui ne me quittait jamais, même pour dormir.

    Cela faisait trois ans maintenant que je n’étais plus à ma place au sein de la société. Trois ans de galère et d’angoisse. Bien sûr j’aurais pu comme certaines me prostituer afin d’avoir un toit et surtout un protecteur mais plutôt mourir que de succomber à ce genre de choses. Pour moi ce n’était pas concevable même pour une douche ou un steak bien saignant. J’avais été élevée avec certains principes et je mettais un point d’honneur à ne pas faire honte à la mémoire de mes parents.

    Il était six heures du matin et je déambulais dans les rues de Seattle à la recherche d’un petit boulot que certains commerçants proposaient à des gens comme moi pour faire leur sale boulot. Tous les matins c’était la jungle et les premiers arrivés étaient les premiers servis. Le vent glacial me fouettait le visage et me glaçait les membres. Mon blouson n’avait plus de fermeture éclair depuis longtemps et j’étais obligée de le maintenir fermé avec mes mains. Je contournais les quartiers chics pour rejoindre ceux un peu plus modestes, là où nous n’étions pas autant des perstiférés. Je regardais au loin et remarquais que certains étaient déjà là, suppliant les commerçants de leur donner un travail.

    Moi je commençais à avoir mes habitudes et la première boutique que je faisais était une vieille librairie où un vieil homme, Monsieur Blackwells, me faisait trier de vieilles brochures.

    Je regardais à droite et à gauche espérant ne pas me faire remarquer et à l’ouverture de la porte une petite cloche s’est mise à tinter.

    - Alice. Rentre mon petit, tu as l’air frigorifié ?

    - Merci monsieur. Mais je venais juste voir si vous aviez besoin de moi.

    - Justement on vient de me déposer tout un carton de revue. C’est écrit tellement petit que ça va me prendre une éternité pour les trier. Tu connais le chemin ?

    J’acquiessais de la tête et le remerciais avant de me diriger vers le fond de la boutique, cachée derrière les rayonnages se trouvait une chaise, et un carton y avait été posé.

    La journée avait passé très vite et monsieur Blackwells m’avait même offert son sandwich sous prétexte que sa femme Anna croyait encore qu’il avait un appétit d’ogre. Mais ce n’était pas vrai, il savait que s’il m’avait montré de la pitié je n’aurais jamais accepté son modeste repas. Ce que j’aimais chez lui c’était qu’il ne posait jamais de questions, jamais il ne m’a demandé pourquoi j’en étais arrivé là.

    Je devais revenir à la librairie le lendemain pour finir ce que j’avais commencé et je rentrais vers mon abri serrant dans ma main les cinq dollars que j’avais gagné.

    Je n’étais pas la seule à vivre dans la ruelle. D’autres personnes comme moi se disputaient le moindre recoin. Certains de ces êtres immondes me barraient le chemin pour me demander combien j’avais gagné, et comme à chaque fois je leur mentais. Je ne voulais pas qu’ils viennent me voler pendant la nuit.

    - Aujourd’hui j’ai eu trois dollars mais j’en ai déjà dépensé deux pour la nourriture, lui dis-je le cœur battant en leur montrant le sac en papier que je tenais.

    - Eh ! Putain Alice ! T’as fini de te faire arnaquer ? Il faut les embrouiller avec ta belle gueule d’ange, me dit Carl gentiment.

    Carl devait avoir dans les cinquante ans. Enfin je ne lui avais jamais demandé et vivre dans la rue vieillissaient les hommes et les femmes prématurément. C’était un des anciens et lorsqu’il était dans les parages les autres me laissaient tranquille.

    - J’ai eu de la nourriture ce midi, ça compte, rajoutais-je.

    - Ouais mais je te le répète tu es en train de te faire avoir. Mais c’est ta vie hein ?

    - Oui, c’est ça, c’est ma vie.

    Après un signe de la main il m’a laissé rejoindre mon abri de fortune. J’étais contente malgré tout car lorsque l’on s’absente il y a un risque de trouver quelqu’un qui s’est approprié votre emplacement avec tout ce qu’il contient. Je pensais que Carl avait fait passé le message et que c’était pour ça que pour l’instant personne n’avait réussi à me déloger. Mais tout peut arrivé alors je ne laissais que mon duvet.

    Je m’installais tant bien que mal dans l’espoir que cette nuit ne soit pas la dernière. Je regardais dans mon sac en papier et y retirais le saucisson, le pain, les deux pommes et la bouteille d’eau. Un vrai repas de fêtes.

    Puis m’emmitouflant dans mon duvet ne laissant à l’air libre que ma bouche et mon nez je me préparais à dormir espérant que mes rêves m’emporteraient vers un monde où je serais enfin heureuse.


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    Chapitre 2




    Cela faisait presque trois heures que je m’attelais à la tâche pour lequel Monsieur Blackwells m’avait permis de rester. Les clients se faisaient rares mais pour la plupart ils ne s’imaginaient même pas que je me trouvais au fond de la boutique.

    - Alice ?

    - Oui monsieur Blackwells.

    - J’ai une livraison urgente à quelques centaines de mètres d’ici et je voudrais que tu surveilles la boutique.

    - Mais monsieur. C’est impossible, je ne suis pas une employée. Je préfèrerais que vous fermiez la boutique et je vous attendrais à l’extérieur ou bien appeler votre femme.

    - Alice, j’ai confiance en toi et puis tout au plus je ne serais parti qu’une demi-heure. Anna n’était pas en grande forme ce matin alors tu comprendras que je ne veuille pas la déranger. Tu auras un supplément je t’en fais la promesse.

    - Je préfère vous attendre à l’extérieur.

    - Ecoute Alice. Je sais ce que tu es et je sais aussi que je peux te faire confiance alors faisons un compromis. Je sais pourquoi tu ne veux pas rester seule dans la boutique alors je fermerais ma caisse à clef comme ça tu pourras rester au chaud sans avoir peur que je ne t’accuses de quoi que ce soit. Ça te va ?

    - D’accord, lui dis-je boudeuse. Et si il y a des clients ?

    - Vu l’heure il ne devrait y avoir personne mais au cas où et bien, dis-leur que j’arrive ou demande leur de passer plus tard.

    - Très bien monsieur Blackwells. Je vais essayer de ne pas vous decevoir.

    Je le regardais fermer la caisse à double tour et mettre sa clef dans la poche du gilet de son costume trois pièces, prendre un paquet et sortir sans un mot.

    J’étais mal à l’aise, je n’aimais pas cette situation. Et si quelqu’un qui connaissait bien le libraire passait par là et me voyant seule dans la boutique appelerait la police. Un vent de panique me fouettait le visage et je retournais me cacher au fond de la pièce afin de m’assoir sur le sol et reprendre mon souffle.

    Je regardais l’horloge et surtout les minutes qui prenaient vraiment leur temps pour passer de l’une à l’autre. Je reprenais mon travail espérant que le temps passerait plus vite. J’allais prendre le dernier paquet de revue lorsque la sonnette de la porte se fit entendre.

    J’avais du mal à respirer et restait cloitrer sans faire le moindre bruit. Au bout de cinq longues minutes qui me parues interminables je sursautais lorsqu’une voix se fit entendre.

    - Il y a quelqu’un ? S’il vous plait !

    La voix était celle d’un homme jeune. Elle était claire et sûre. Je ne savais pas quoi faire et cependant comme attirée je sortais de ma cachette.

    - Je suis désolée, dis-je sans me montrer réellement et restant bien au fond de la pièce, mais monsieur Blackwells est parti en livraison il revient tout de suite, si vous voulez bien patienter.

    - Disons que je suis un peu pressé. Je viens chercher un livre que j’ai commandé. Pouvez-vous m’aider ?

    Je me rapprochais de la lumière et de cet homme que j’avais du mal à voir à travers les rayonnages. De toute façon il comprendrait en me voyant que je n’étais pas une employée.

    Enfin je le voyais, il était vraiment très beau. Brun, le teint mat et lorsqu’il m’a aperçu il n’a eu aucun geste de recul et m’a accueilli avec le plus beau sourire que je n’avais jamais vu. Mon cœur battait la chamade et mes jambes avaient du mal à me porter.

    - Bonjour mademoiselle. Pouvez-vous m’aider ?

    - Je ne travaille qu’occasionnellement ici et je ne sais pas où sont les commandes. Et puis je n’ai pas accès à la caisse, lui dis-je gênée.

    - Il n’y a pas de problèmes ma commande est déjà règlée et je crois savoir que monsieur Blackwells met ce qu’il y a en attente derrière le comptoir en dessous de la caisse.

    - Vous êtes bien renseignés, rajoutais-je un peu sèchement.

    - Disons que j’adore lire et que je suis fidèle à cette boutique depuis plus de huit mois maintenant, depuis que j’ai aménagé près d’ici.

    - Quel est le titre du livre ?

    - Contes et légendes d’Irlande.

    Je regardais sous le comptoir et après avoir soulevé deux ou trois livres je trouvais l’objet de mes recherches. Un post-it y était collé, il y avait écrit un nom.

    - Je peux savoir comment vous vous appelez ?

    - Par curiosité ou bien pour vérifier que je suis bien l’heureux acquéreur de cet ouvrage ?

    Mes joues s’empourpraient immédiatement et j’ai sentis une douce chaleur s’emparée de moi alors que mon cœur recommençait à battre à un rythme plus important que la normale.

    - Je suis désolé si je vous ai mis mal à l’aise. J’ai voulu plaisanter et en fait je vous ai mis dans l’embarras.

    - Ce n’est rien. Alors, votre nom, s’il vous plait.

    - Oh ! Oui ! Mathiew Forbes. Vous voulez une pièce d’identité ?

    - Non. Ça ne va pas être nécessaire.

    Je lui tendais le livre d’une main peu assurée. Je regardais mes mains, elles étaient abimées par le froid, allait-il le remarquer ?

    - Merci. Puis-je à mon tour savoir votre nom ?

    - Non, répondis-je un peu trop sèchement.

    Il prenait un air d’incompréhension et allait sans doute me demander pourquoi lorsque la sonnette de la porte s’agita.

    Monsieur Blackwells était de retour et je n’osais pas le regarder de peur de voir la fureur dans son regard pour avoir fouillé dans ses affaires. Je savais que j’avais eu tort.

    - Mathiew ! Content de te revoir. Tu viens pour ta commande ?

    - Cette charmante demoiselle a bien voulu me le donner mais je vous rassure, il a fallu que je lui prouve mon identité avant d’avoir enfin mon livre. Vous ne m’aviez pas dit que vous cherchiez quelqu’un pour vous aider.

    J’étais retournée au fond de la librairie espérant partir rapidement d’ici.

    Monsieur Blackwells qui avait vu mon manège savait que je ne voulais pas le mettre dans l’embarras et que je ne voulais pas qu’il lui dise ce que j’étais.

    - Mathiew depuis quand vous montrez vous si curieux ? lui dit-il d’une voix qui voulait se montrer courtoise.

    - Oh ! Et bien c’est vrai vous avez raison, cela ne me regarde pas. De toute façon il faut que je file. Je repasserais la semaine prochaine, rajouta-t-il un peu plus fort sans doute dans l’espoir que je l’entende mais ça ne devait certainement pas être ça.

    Monsieur Blackwells s’avançait vers moi.

    - Il est parti, tu peux sortir de ta cachette.

    - Je suis désolée je lui ai dit de vous attendre mais il a insisté et puis il m’a certifié que le livre était payé. Je comprendrais si vous ne désireriez plus que je vienne.

    - Alice, Alice. Humm calme-toi. Je voulais te dire que tu avais très bien fait. Mathiew est un excellent client. C’est plutôt à moi de m’excuser. Je suis triste de t’avoir mis dans l’embarras. J’espère de tout mon cœur que tu reviendras travailler ici.

    - Vous savez que j’ai besoin d’argent pour manger et vivre tout simplement. Vous êtes bons pour moi. Je serais vraiment une mauvaise personne si je me montrais aussi égoïste. Je vous suis redevable de tellement de choses.

    - Merci mon enfant. Tu peux attendre ici cinq minutes, s’il te plait ? Je t’ai promis un bonus.

    Lorsqu’il est revenu il portait une couverture, quelques provisions et un réchaud. Je me sentais mal et avais du mal à avaler ma salive.

    - Et je ne veux pas de refus jeune fille. Ça fait un moment que je voulais te les donner mais tu étais si fière, si hostile à ce que l’on vienne à ton aide. Alors tu prends ce que je te donne parce que c’est que gentillesse et affection et non avec pitié que je te les offre.

    J’avais les larmes aux yeux et lui sautais au cou le déséquilibrant légèrement.

    - Oh doucement. Je ne tiens plus autant sur mes jambes.

    - Désolée. Merci.

    J’ai mis mon réchaud dans mon sac avec mes autres trésors et j’ai roulé la couverture afin de l’attacher à une des lanières. Le libraire me donna également mes cinq dollars pour mon travail de la journée.

    Une fois dans mon abri de fortune je regardais ce qu’il y avait dans le sac. Deux sandwichs enveloppés de papier, quelques fruits, deux paquets de gâteaux un au chocolat un autre à l’abricot, une tablette de chocolat et des chips. Pour moi c’était un peu comme si c’était déjà Noël. La couverture était chaude et épaisse. Je la posais sur mes épaules un peu comme une cape m’enveloppant immédiatement d’une extrême chaleur. Je mangeais un des sandwichs, un peu de chips, deux gâteaux au chocolat et une pomme. Heureusement j’avais acheté une bouteille d’eau sur le chemin du retour car je me sentais gavée comme une oie. Je regardais mon réchaud et me disais que je le garderais pour les soirs où la température descendrait en-dessous de zéro. Il était d’un petit format et je pouvais le garder avec moi dans mon sac ce qui me rassurait.

    Je commençais à préparer ma couche lorsque j’entendis des bruits non loin de moi. Je cherchais mon couteau et le trouvais rapidement. Deux hommes qui trainaient dans la ruelle se sont plantés devant mon abri. L’un d’eux tenait une lampe de poche. Mon cœur battait très vite mais en aucun cas je devais leur montrer ma peur.

    - Salut ! me dit l’un d’eux.

    - Salut ! répondis-je sèchement.

    - Tu es bien installée dis donc ! Mais il commence à faire froid et mon ami et moi nous pourrions te réchauffer.

    - Ce n’est pas la peine, je n’ai besoin de personne.

    - C’est ce que tu crois, me fit l’autre homme en se baissant pour me caresser la jambe.

    - Laissez-moi tranquille. Dégagé où je…

    - Où quoi ? Tu vas appeler Carl ? Ma pauvre fille si tu savais. On l’a tellement fait boire qu’il s’est écroulé plus loin sans connaissance.

    Je m’accrochais au manche de mon couteau attendant que l’un d’eux s’approche encore plus de moi. Je le jurais devant Dieu plus personne ne me violerait sans en perdre la vie. Même si c’était la dernière chose que je ferais.

    J’entendais sur ma droite les grognements d’un animal. Les hommes se redressaient et dirigeaient la lumière vers le bruit. Un animal approchait je ne le voyais pas encore mais une chose était sûre, mes deux agresseurs reculaient en fixant quelque chose dans la nuit.

    Puis il est enfin apparu. Il montrait ses crocs en grognant. Il avançait majestueusement jusqu’à ce qu’il soit devant moi. En fait il s’était positionné entre les deux hommes et moi. Je le regardais se déplacer faisant des allées et venues, tel un barrage pour me protéger. Au début je pensais à un berger allemand mais celui-ci était plus grand, plus musclé aussi et là j’ai su que j’avais à faire à un loup.

    Il ne fallu que quelques minutes pour que mes agresseurs ne partent en courant ne voyant qu’un jet de lumière bouger à travers la nuit.

    L’animal me fixait, il ne grognait plus et ses babines avaient repris un air plus calme cachant à nouveau ses crocs.

    Il s’approchait de moi doucement. J’essayais de ne pas avoir peur mais j’entendais mon cœur taper contre les parois de mon corps. Il me fixait encore jusqu’à ce qu’il se couche près de moi regardant dans la direction où mes assaillants avaient disparus. Je me mettais dans mon sac de couchage et m’enveloppais de ma couverture. Je me calmais au contact de cet animal qui m’avait sauvé d’une agression certaine.

    - Merci, lui dis-je d’une voix pleine de reconnaissance.

    J’allais fermer les yeux lorsque je sentis sa truffe dans ma main et la pousser afin que je le caresse. Ce que j’ai fait jusqu’à ce que je m’endorme sereine.

     

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    Chapitre 3
     
     

    Mathiew




    Je pressais le pas afin de rentrer au plus vite dans mon appartement.

    J’étais bouleversé, elle m’avait bouleversé. J’avais tout de suite compris ce qu’elle pouvait vivre. Je savais que dans le quartier il y avait beaucoup de sans abri mais qu’une si jeune fille connaisse cette précarité m’était insupportable.

    Avait-elle conscience de sa beauté ? Elle m’avait touché le cœur à son premier regard. Je m’en voulais d’avoir joué un peu avec elle. Elle avait été mal à l’aise et avait dû prendre sur elle pour se montrer à moi. Son regard était fascinant. Elle devait avoir un sacré caractère et j’aimais ça. Je me demandais si ça faisait longtemps qu’elle était dans la rue.

    J’aurais aimé en parler avec le libraire mais vu sa réaction, il s’était mis un point d’honneur à la protéger et ne m’en avait rien dit.

    Je posais mon livre sur la table du salon. Ce matin, ma seule hâte était d’aller le chercher au plus vite et maintenant il me paraissait insignifiant.

    Il fallait que j’en ai le cœur net, j’attendrais qu’il fasse nuit pour errer moi aussi dans les rues. Je devais la retrouver. C’était comme un besoin. Mais je devais prendre mon autre apparence, celle que j’avais fui. Cet autre moi que je ne voulais plus. Et pourtant j’étais prêt à revenir sur ma décision pour la retrouver.

    J’avais encore en tête son odeur et cela m’était facile de la retrouver.

    Il était 18H30 lorsque j’ai pris la rue déserte derrière mon bâtiment. Je savais qu’il y avait un terrain vague, suivi d’un bois l’endroit parfait pour me transformer. Oh c’est vrai je ne vous ai pas encore dit ce que j’étais et bien je suis un loup. Enfin je me transforme en loup. Bien sûr toute de suite les gens pensent aux loup-garous, la pleine lune, le sang et bien non c’est autre chose.

    J’étais le dernier né d’une longue lignée de surnaturels. Nous étions beaucoup plus nombreux que ce que l’on pouvait penser car nous n’étions pas les seuls. Je connaissais quelques familles autres que la mienne mais qui se transformaient en autre chose. Les Curling par exemple sont des ours, les Forest sont des chevreuils. Il paraissait même qu’en Afrique il existait un clan de lions mais je ne les avais jamais rencontrés. Enfin bref c’était une autre histoire. Je devais me transformer sans aucun regard. Je ne devais pas me faire remarquer et pourtant ceux de mon espèce le sauront dès l’instant où je serais sous ma forme animale.

    La transformation était rapide, c’était même instantané dès l’instant où je l’appelais à sortir.

    Il me fallait être prudent, je ne devais pas me faire remarquer. Si la police soupçonnait qu’un loup se baladait en toute liberté dans les rues de Seattle, ils déclareraient la chasse ouverte et je serais obligé de fuir cette ville.

    J’évitais le plus possible les habitations et restais dans l’obscurité.

    Son odeur devenait plus forte dès l’instant où j’approchais des quartiers défavorisés de la ville. Je me faisais discret mais je savais que personne ne ferait attention vu l’obscurité d’une nuit sans lune qui m’était bien utile je devais bien l’avouer. J’entendais des voix et je pouvais distinguer plus loin des flammes jaunes et oranges qui dansaient au-dessus d’un énorme bidon en fer.

    La jeune femme que je cherchais n’était plus très loin, son odeur commençait à me chatouiller les narines. Cependant quelque chose avait changé, je sentais également la peur. J’entendais la conversation, elle était en danger. Je me dirigeais directement vers les voix. Deux hommes se tenaient devant un abri, enfin je préfère dire un abri car ça ne ressemblait en fait à rien. Instinctivement un grondement est sorti de ma gorge et j’avançais mes babines relevées afin que l’on puisse bien remarquer mes crocs. Je fixais les deux individus avançant en même temps.

    Enfin ils avaient compris car ils reculaient la peur dans leurs yeux pendant que je faisais des allées et venues devant ma protégée. J’étais à deux doigts de leur sauter à la gorge mais nous n’étions pas seuls et je ne voulais surtout pas effrayer cet être si vulnérable qui se trouvait non loin de moi.

    Comment pouvait-on vouloir du mal à quelqu’un comme elle ? Je n’arrivais pas à m’imaginer ce qui aurait pu se passer si je n’étais pas intervenu.

    J’ai attendu que ces malades soient hors de ma vue et je me suis tourné vers elle. Elle me regardait sans savoir ce qu’elle devait faire. Je voulais tellement la protéger. Ça ne devait pas arriver, je ne devais pas être dans cet état. Il va falloir que j’y réfléchisse plus tard.

    Je m’approchais doucement. Elle ne devait pas avoir peur de moi. Elle m’avait dit merci et se préparait à passer une nuit dans cet enfer. J’ai mis ma truffe dans sa main et la poussait légèrement. J’avais besoin de son contact. Elle m’a caressé pendant quelques minutes avant que le sommeil ne l’emporte.

    J’étais contre elle, cette nuit je lui donnerais de ma chaleur et surtout je veillerais à ce que personne ne s’approche.

    Je n’arrivais pas à dormir. Je regardais autour de moi avec mes yeux de prédateur, heureusement d’ailleurs, je n’aurais pas pu supporter de la voir ainsi avec mes yeux d’humain. Il fallait qu’elle s’en sorte mais comment lui faire accepter mon moi humain ? Notre première rencontre avait été compliqué et elle était sur ses gardes. Une chose était sûre elle ne voulait pas de notre pitié. Il va me falloir l’apprivoiser doucement et surtout me munir de patience. En attendant je veillerais sur elle la nuit, elle me fera peut-être quelques confidences.

    J’étais encore dans mes pensées lorsque l’aube pointa. Elle se réveillait et nos regards se sont croisés.

    - Bonjour toi, me dit-elle. Tu es resté tout la nuit à ce que je vois.

    Je lançais un gémissement.

    - Ne t’inquiètes pas maintenant qu’il fait jour ils ne reviendront plus m’embêter.

    Je me levais et poussais sa main comme je l’avais fait la veille. Elle me caressa le haut de la tête. Je fermais légèrement les yeux puis je me suis éloigné, traversant le terrain vague et retournant en toute hâte à l’endroit où j’avais caché mes vêtements.

     

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    CHAPITRE 4




    Cela faisait presqu’une semaine que chaque jour à la tombée de la nuit je rejoignais l’abri de ma belle pour veiller sur elle dans son sommeil.

    Plus j’étais près d’elle, plus je m’attachais à cette écorchée de la vie.

    J’étais de plus en plus curieux de savoir ce qui l’avait poussé à vivre là mais une chose était certaine ce choix n’était pas volontaire.

    Je la regardais manger son modeste repas qu’elle voulait partager avec moi. Comment lui dire qu’elle en avait certainement plus besoin que moi ?

    Elle me racontait sa journée en n’oubliant aucun détail. Elle m’a parlé de moi aussi, enfin de mon moi humain. A ces mots j’avais tendu l’oreille lui montrant que j’étais attentif à ce qu’elle disait. Elle me trouvait très mignon mais un brin arrogant. Elle se demandait ce que je pouvais bien faire pour avoir atterri dans ce quartier. Comme j’aimerais tout lui raconter. Mais serait ce possible un jour ? En tout cas si je n’arrivais pas à faire parti de sa vie je ne m’éloignerais que lorsqu’elle serait en total sécurité. Même si c’est la seule chose que je ferais dans cette ville, je lui ferais quitter la rue.

    Elle travaillait aussi dans une quincaillerie, un magasin de bric et de broc où tout le monde trouvait son bonheur. Elle arrivait à gagner quelques dollars ici ou là, juste de quoi s’acheter de la nourriture.

    Les nuits étaient de plus en plus froides. Cela m’était égal bien que ça faisait un moment déjà que je n’avais pas cette expérience.

    Grâce à ce Carl je savais enfin qu’elle était son prénom. Alice, voilà comment elle s’appelait. Tout de suite on pense à Alice au pays des merveilles et bien là maintenant, à cet endroit, il n’y avait rien de merveilleux. Nous étions plutôt dans un monde cruel et triste. Et pourtant je sentais qu’à mon contact elle souriait plus qu’auparavant et ça me rendait heureux. Mais en forme animal que pouvais-je faire pour elle à part la réchauffer et la protéger.

    Alice me rappelait ce que j’avais dit dans la boutique que j’y retournerais la semaine après notre rencontre. Je n’arrivais pas à le croire elle attendait cette nouvelle rencontre et irait voir demain si monsieur Blackwells avait besoin d’elle. Si un loup pouvait sourire c’est ce que j’aurais fait à cet instant.

    J’avais appris à la connaitre un peu et je savais qu’elle n’aimait pas la charité ni la pitié à son égard.

    Nous avions pris l’habitude de partir ensemble. Je l’accompagnais jusqu’aux premières habitations où chacun de nous prenait sa propre route.

    Je regardais autour de moi afin de ne pas être vu lors de ma transformation. Je m’étais trouvé un coin tranquille à l’abri des regards mais je devais être vigilent.

    Depuis deux jours mon portable n’arrêtait pas de sonner. Je savais ce que ça voulait dire mais je ne voulais pas y penser, du moins pas tout de suite. J’étais conscient qu’il leur faudrait une explication. Ils avaient senti que je me transformais chaque nuit. J’avais échappé à tout ça et pourtant ma nature me rattrapait indéniablement.

    Je m’attardais sous la douche où l’eau chaude ruisselait sur ma peau hâlée.

    Très vite mes pensées revenaient vers Alice. Son visage passait devant mes yeux. J’avais appris à connaitre chaque petite parcelle de celui-ci. J’ai fermé les yeux m’imaginant tracer une ligne imaginaire à l’aide de ma main de sa tempe jusqu’à son menton. La douleur était là au fond de moi. Je voulais la prendre dans mes bras, la couvrir de baisers, lui donner ce qu’il lui manquait, un toit.

    J’avais opté pour un jean, un sweat simple et chic à la fois. Je ne voulais pas qu’elle soit gênée en ma présence.

    J’en avais pour cinq minutes à me rendre dans la librairie et pourtant cela m’a paru une éternité.

    J’aimais déjà cette boutique avant, l’odeur des vieux livres, le tintement de la cloche de la porte d’entrée, son propriétaire et maintenant la jeune fille qui se cachait au fond de la pièce derrière des rayonnages.

    - Bonjour Monsieur Blackwells.

    - Bonjour Mathieu, me dit-il en jetant un œil derrière lui. Que puis-je faire pour vous aujourd’hui ? Vous voulez passer une commande ?

    - Non. Pas aujourd’hui. J’aimerais choisir un roman mais je n’ai aucune idée de ce qui m’intéresserai.

    - Les romans sont là-bas, l’avant dernier rayonnage. N’hésitez pas à me demander si vous êtes indécis.

    Je m’approchais de lui et en chuchotant je lui dis merci alors qu’il me souriait en me faisant un clin d’œil. Il avait compris que ce n’était pas les livres qui m’intéressait aujourd’hui.

    Je furetais ici et là, prenant un livre pour lire le résumé avant de le remettre à sa place. J’ai poussé légèrement celui qui se trouvait à côté pour qu’il puisse tomber de l’autre côté. Je franchissais enfin la dernière étagère et je suis tombé nez à nez avec Alice.

    - Oh pardon ! Je ne vous ai pas fait mal au moins, lui dis-je en ramassant le livre.

    - Non ! J’ai juste sursauté un peu.

    - Désolé. Je vois que monsieur Blackwells avait encore besoin de votre aide. Ce sont de revus anciennes ?

    - Oui. Il en reçoit chaque semaine et j’aime bien venir aider.

    - Je vois ça. Je m’appelle Mathieu mais ça vous le saviez déjà.

    - Oh oui la semaine dernière. Excusez-moi encore mais c’était la première fois que monsieur Blackwells me laissait la boutique.

    - Ne vous inquiétez pas j’avais compris. Je voulais juste vous taquinez un peu. C’est moi qui dois m’excuser.

    - Je dois continuer à trier ces revues.

    - Je ne sais toujours pas votre nom.

    - Alice.

    - Enchantez Alice.

    Je reprenais ma place dans le rayon des romans afin de ne pas la brusquer. Je devais y aller tout doucement. Je savais que si je faisais quelques pas en avant il me faudrait en refaire en arrière. J’essayais de l’apprivoiser tout simplement.

    Mais sur ce plan là j’avais un avantage. Je saurais dès ce soir ce qu’elle avait penser de cette rencontre.

     

     

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    CHAPITRE 5




    Elle était dans son duvet, moi contre elle. Elle me racontait sa journée et moi j’étais allongé pour lui tenir chaud. J’avais hâte qu’elle arrive au moment de notre rencontre. Enfin elle y arriva.

    - Tu sais j’ai encore revu le garçon de la semaine dernière. Celui de la librairie, Mathiew.

    Je redressais ma tête la penchant légèrement en la fixant. Elle riait de me voir ainsi.

    - A chaque fois que tu fais cette tête j’ai vraiment l’impression que tu m’écoutes et que tu me comprends. Tu es un merveilleux compagnon. Mais je sais qu’un jour tu repartiras dans tes montagnes ou dans ta forêt. Tu dois être libre jamais je ne t’empêcherais de t’éloigner de moi.

    Je gémissais légèrement me collant encore plus contre elle. Elle était si triste lorsqu’elle songeait qu’un jour je m’éloignerais.

    - Tu veux savoir la suite c’est ça ? Et bien il m’a presque assommé avec livre. Mais je n’ai pas cru à son manège. Je savais qu’il en avait fait exprès. Mais je ne pouvais pas lui dire que justement je regardais chacun de ses gestes, chacun de ses mouvements. Si il savait ce que j’étais il m’ignorerait comme tout le monde. Je ne peux rien espérer, ma vie est un gouffre dans lequel je m’enfonce de plus en plus. Depuis la mort de mes parents tu es le seul qui m’a réchauffé le cœur mais ce garçon, lui, fait battre mon cœur plus rapidement. Et ses yeux, ses yeux si sombres qui me font penser à quelque chose chaque fois que je le vois. C’est comme si je le connaissais, c’est étrange tu ne trouves pas ?

    Je la regardais, ses larmes coulaient le long de ses joues. Elle s’est couchée en passant un bras au-dessus de moi et s’est endormie en pleurant silencieusement.

    Pourquoi autant de souffrance dans le cœur d’une si jolie jeune femme ? Si je n’avais pas cette apparence animale mes larmes auraient jaillies en même temps que les siennes tellement j’étais bouleversé.

    Il fallait que j’en sache plus. J’ai tenu deux jours avant de retourner voir Monsieur Blackwells.

    - Encore vous Mathiew, me dit-il d’un air espiègle. Si c’est Alice que vous êtes venus voir elle ne travaille pas ici aujourd’hui. Mais demain je pense la voir.

    - C’est vous que je viens voir. Je voudrais en savoir plus sur Alice. Je…

    - Vous vous intéressez à elle. Je l’ai bien compris mais en fait elle est comme un chat sauvage. Si elle apprenait que l’on ait eu cette discussion elle ne me rendrais plus visite.

    - Elle travaille pour vous, non ?

    - Oui et non. J’ai voulu lui donner plus mais si on se montre charitable elle prend la fuite. Je n’ai trouvé que ce moyen pour lui venir en aide.

    - Ça fait longtemps que vous la connaissez ?

    - Presque trois ans.

    - Elle est si jeune.

    - Oui à mon avis elle ne devait pas avoir plus de seize ans lorsqu’on l’a vu trainer par ici. J’ai voulu la sortir de cet univers, lui faire une place derrière pour qu’elle puisse se réchauffer l’hiver mais il n’y a rien à faire. Il y a même une période où je ne la voyais plus à la boutique. Je la voyais passer sur le trottoir d’en face. Elle me boudait alors quand elle a refranchi cette porte je n’ai plus cherché à lui faire faire ce qu’elle ne voulait pas.

    - Est-ce que vous savez d’où elle vient, qu’elle est son histoire ?

    - Non c’est un vrai mystère.

    - La tâche risque d’être plus dure que je ne le pensais.

    - Je peux vous dire quelque chose.

    - Bien sûr.

    - Je vois bien que vous êtes attirés l’un par l’autre. Mais je ne tolèrerais pas que vous lui fassiez du mal. Si vous n’êtes pas sincère je vous demanderais de ne plus la voir, elle ne s’en remettrait pas. Par contre il y a une chose dont je suis certain, l’amour est la seule chose qui pourrait la sortir de cet univers.

    - Je comprends ce que vous voulez dire mais je veux réellement lui venir en aide.

    Je n’avais pas appris grand-chose malheureusement. La seule chose qui m’avait marqué c’était qu’elle était dans la rue depuis ses 16 ans. Je n’arrivais pas à y croire. Qu’est-ce qui a bien pu la pousser à cet extrême ? La mort de ses parents ne devait pas être la seule raison.

    Peut-être qu’un jour elle se confiera à mon autre moi.

    Je rentrais dans mon appartement ne sachant comment venir en aide à Alice.

    Ses paroles résonnaient encore dans ma tête, je lui faisais battre le cœur plus vite. Je l’attirais.

    Je regardais par la fenêtre, il pleuvait depuis ce matin et le froid était toujours là, menaçant les pauvres gens qui dormaient dans la rue de ne pas survivre une seule nuit de plus.

    Mais pour Alice ça n’arriverait pas. Je serais là chaque nuit pour la réchauffer jusqu’au jour où elle aurait suffisamment confiance en mon moi humain pour me suivre jusqu’ici.

    La sonnerie de mon téléphone m’indiquait que j’avais encore un message. Bon sang ils ne me laisseront jamais tranquille. Je ne voulais pas leur parler, j’avais fait le choix de partir pour vivre une vie normale. Je n’avais pas prévu de faire ressortir l’animal de si tôt. Et si ils me cherchaient ? Non ! Je ne les suivrais pas, j’avais réussi le détachement une fois, je ne succomberais pas.

     

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    CHAPITRE 6
     

    Alice




    La journée avait été éprouvante. J’avais déambulé toute la journée à la recherche d’une petit boulot mais vu le temps qu’il faisait les commerces n’avaient pas trop d’extra. J’étais trempée jusqu’aux os et j’avais froid, très froid même. Je ne me sentais pas très bien depuis quelques jours, je devais couver un rhume. Je devais filer vers mon abri afin de me changer histoire de me sécher et puis ce soir c’était un bon soir pour utiliser le réchaud.

    Il était encore très tôt et Carl est venu à ma rencontre dès qu’il m’a aperçu.

    - Hey ! La môme ! ça va ?

    - Oui, je suis juste trempée et un peu fatiguée. Merci de t’en inquiéter mais ce n’est pas demain la veille que tu aura mon abri.

    - Oh là ! Ne te méprends pas. J’disais ça comme ça.

    - Je sais Carl, excuse-moi.

    - Remarque c’est normal que tu m’en veuilles à cause des deux tarés qui m’ont saoulés.

    - Mais non. Allé je file, je voudrais me sécher, ajoutais-je en frissonnant.

    Je n’avais plus grand-chose de potable mais le vieux tee-shirt et le pull que je trouvais feraient l’affaire. J’avais déniché une serviette de toilette et j’ai entrepris de me sécher les cheveux. J’étais fatiguée et je me plongeais dans ce qui me servait de lit rajoutant la couverture du libraire.

    Comme la nuit n’était pas encore tombée j’avais décidé d’attendre un peu pour allumer mon réchaud. Je savais que mon loup viendrait bientôt et je décidais de me reposer un peu en attendant sa venue, vérifiant une dernière fois que mon couteau se trouvait à ma portée.

    Une chose cependant m’avait troublé, j’avais dit mon loup, mais un loup n’appartenait à personne, un loup c’était indépendant et libre. Je ne me faisais pas d’illusion un jour il partirait. Je fermais les yeux espérant que ce jour n’arriverait pas tout de suite.

    Quelque chose me poussait en gémissant. Je n’arrivais pas à ouvrir les yeux. Je sentais sa truffe humide dans la paume de ma main. Il était là et moi je n’arrivais pas à me réveiller, j’avais froid. Je me sentais partir, mon heure était venue. Au moins quelqu’un veillait sur moi pour mon passage dans l’au-delà.

     

     

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    CHAPITRE 7
     

    Mathiew




    Je savais qu’il y avait quelque chose qui clochait lorsque je suis arrivée dans l’abri. Elle était là allongée, emmitouflée dans son sac de couchage. Je m’approchais doucement, je savais qu’elle pouvait être impulsive à son réveil.

    Seulement j’avais beau gémir rien n’y faisait, elle ne se réveillait pas. J’ai mis ma truffe humide dans sa main, elle était inconsciente c’était sûr. Elle était brûlante, je devais faire quelque chose immédiatement sinon elle allait mourir. Je prenais conscience à cet instant que je ne voulais pas la perdre.

    Je n’avais plus le choix que de me transformer ici en espérant que personne ne ferait attention à ce qui se passait de ce côté-ci de la ruelle. Je me recroquevillais et reprenais ma forme humaine. Je regardais si je n’avais pas été vu et ne voyais personne. J’étais soulagé mais je n’allais pas la transporter jusqu’à chez moi alors que j’étais nu comme un ver ? Je fouillais l’abri d’Alice et trouvais un vieux survêtement et un tee-shirt. Heureusement pour moi Alice prenait des vêtements assez larges et je n’étais pas trop ridicule dans ses vêtements.

    Je prenais son sac, le mettais sur mon dos et puis la jeune fille brûlante de fièvre dans mes bras. J’étais décidé pour passer par derrière ne voulant pas croiser un autre des sans-abris.

    J’avais atteint mon appartement rapidement et n’avais rencontré personne durant mon périple. Je montais à l’étage et la posais devant ma porte. Il fallait que je récupère mes vêtements et mes clefs. Je courais tout le long du chemin et c’est essoufflé que je mettais les clefs dans la serrure et que je reprenais Alice dans mes bras.

    Avec mon pied je poussais la porte et je traversais les pièces pour aller la déposer sur mon lit. Je me changeais rapidement et allais chercher un gant de toilettes humide que je déposais doucement sur son front.

    J’ai pris le téléphone et appelais un médecin. Il est arrivé 30 minutes plus tard hésitant à ausculter la jeune femme. Putain de médecin j’ai dû lui promettre de tripler ses honoraires pour qu’il veuille bien s’occuper d’Alice. Le verdict tombait. Elle avait une sérieuse pneumonie et il me conseillait de la transporter à l’hôpital. Je ne savais pas pourquoi mais j’ai refusé cette alternative, je jurais de prendre soin d’elle si il m’indiquait clairement la marche à suivre.

    Il avait été convenu qu’il passerait tous les jours pour voir comment elle allait après lui avoir dit que je doublais son tarif jusqu’à la guérison complète de la jeune femme.

    J’avais le temps de prendre une douche avant de m’installer à son chevet.

    Je changeais régulièrement la compresse car le plus important était de faire baisser la température et de faire en sorte qu’elle reste tranquille.

    De temps en temps elle ouvrait les yeux et me fixait. Les seuls mots qui sortaient de sa bouche m’étaient destinés, enfin pas directement.

    - Tu es là mon loup ! Tu es là !

    Et elle retombait dans l’inconscience.

    - Oui. Ne t’inquiète pas je suis là ! lui répondais-je à chaque fois.

    Cela durait depuis cinq jours. Cinq jours interminables. Pour que je puisse me reposer un peu j’avais fait appel à monsieur Blackwells qui nous avait envoyé sa femme. Je ne voulais pas quitter le chevet d’Alice mais je ne tenais plus debout et comme me le disait le médecin je ne lui serais d’aucune utilité si je tombais malade à mon tour.

    J’avais pu me reposer et c’est frais et dispo que je reprenais ma place auprès de la jeune femme. Les médicaments commençaient à agir et la fièvre était enfin tombé.

    Alice était encore entre la conscience et l’inconscience mais je savais qu’elle m’avait vu à son chevet. Quelques couleurs étaient apparus sur son visage la rendant moins pâle.

    J’étais parti me faire un sandwich et à mon retour la jeune femme me regardait comme un chat effarouché et très certainement sur la défensive.

    - Qu’est-ce que je fais ici ?

    - Vous avez été très malade. Vous avez eu une pneumonie.

    - Vous n’avez pas répondu à ma question. Qu’est-ce que je fais ici ?

    - Je vous ai trouvé inconsciente et je vous ai ramené chez moi. J’ai appelé un médecin qui m’a conseillé de vous transporter à l’hôpital. Je me suis dit que ce n’était pas ce que vous auriez voulu et je vous ai soigné.

    La dureté de son visage s’est détendu un peu. Mais elle restait quelque peu apeurée.

    - Je vous assure que dès que vous serez totalement guérie, vous serez libre de partir.

    - Depuis combien de temps je suis ici ?

    - Presque une semaine.

    - Mes affaires ? Où sont mes affaires ? dit-elle en essayant de se lever.

    - Chut ! Calmez-vous ! Vous devez rester tranquille. Vos affaires, du moins votre sac est ici, dans le coin de la pièce.

    - Comment avez-vous su que je n’allais pas bien ? Et comment saviez-vous où j’étais ?

    Je ne devais pas lui dire la vérité, elle me prendrait pour un fou.

    - Je crois que nous avons un ami en commun.

    - Qui ? Monsieur Blackwell ? Carl ?

    - Non. ………………… un loup !

     

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    CHAPITRE 8




    Alice reprenait des forces mais le médecin lui avait ordonné de rester encore quelques jours au chaud. Bon c’est vrai que j’ai insisté un peu pour qu’il lui donne ce conseil.

    Lorsque je suis entré avec le plateau de son repas elle était debout devant la fenêtre et regardait le vas et vient de la rue.

    - Je connais ce quartier, me dit-elle. Ce n’est pas loin de la librairie.

    - Oui, en effet mais je ne suis là que depuis quelques mois.

    - Où habitiez-vous avant ?

    - Plus loin dans les montagnes.

    Elle s’est retournée vers moi.

    - Merci de m’avoir sauvé, me dit-elle d’une voix sûre. Je ne pourrais pas vous rembourser pour le médecin, les médicaments.

    - Mais je n’ai rien demandé. Allez manger pendant que c’est encore chaud. Je reviendrais plus tard.

    - Attendez. Vous voulez quoi de moi ?

    - Rien ! Absolument rien ! lui dis-je un peu en colère.

    - Je ne voulais pas vous blessez, je n’ai pas l’habitude d’autant d’attention. Je ne vous gênerais plus très longtemps, je partirais dès que possible.

    - Vous n’êtes pas obligés. Il fait de plus en plus froid dehors alors si vous voulez passer quelques temps chez moi il n’y a pas de problèmes. J’ai deux chambres et je vis seul. Un peu de compagnie ne serait pas de refus mais en toute amitié.

    - Non ! Je préfère partir.

    - Vous êtes encore fragile pour dormir dehors.

    - Oui je dors dans la rue. Qu’est-ce que ça peut vous faire ? Vous avez pitié alors pour votre conscience vous me faites cette proposition. Mais je ne veux pas de votre pitié, je ne veux rien devoir à personne.

    - Si vous croyez que j’ai pitié et bien vous avez tort, ce n’était qu’une main tendue rien d’autre.

    Elle m’avait blessé dans ses paroles plus que je ne l’aurait voulu. La colère se répandait dans mes veines à grande vitesse mais je savais me contrôler pour faire taire l’animal qui se cachait au fond de moi.

    Je la laissais et fermais la porte de la chambre espérant qu’elle n’est rien vu de ma colère.

    J’ai attendu plus de deux heures avant de retourner dans la pièce. Elle dormait recroquevillée dans la couette ayant certainement épuisée sa réserve de force qu’elle avait, lors de notre altercation.

    Je n’avais pas trouvé les bons mots et je m’en voulais.

    Je rangeais le plateau et sortais de la chambre alors qu’elle se réveillait.

    - Est-ce que vous savez où est le loup ? me demanda-t-elle si brusquement que j’ai failli lâcher ce que je tenais.

    - Non. Je le vois lorsque je vais plus loin dans le bois quand je fais mon sport quotidien. Et vous ?

    - Il veille sur moi chaque nuit.

    - C’est étrange pour un loup.

    - Oui c’est aussi ce que j’ai pensé. J’ai senti sa présence l’autre soir mais je n’arrivais pas à ouvrir les yeux, je me voyais partir alors que je l’entendais gémir.

    - Et il s’est posté devant moi alors que je rentrais chez moi. Il était agité et j’ai fini par le suivre. Et je vous ai vu brulante de fièvre et inconsciente. C’est pour ça que je vous ai porté jusqu’ici.

    - Vous m’avez transporté tout le long du chemin ? me dit-elle presque admirative.

    - J’aurais marché jusqu’au bout du monde avec vous dans mes bras si c’était la seule chose à faire pour vous sauver.

    Elle n’osait pas me regarder. Pourquoi avais-je sorti ça ? C’était une évidence elle me fuirait maintenant.

    - Est-ce que vous voulez un peu sortir de cette pièce ? Je peux vous aider à aller jusqu’à mon canapé. Vous aurez le choix entre lire un livre ou regarder la télé.

    - Peut-être plus tard. Je voudrais me reposer.

    - Très bien. A tout à l’heure. Ah j’oubliais, je suis désolé pour mes paroles de tout à l’heure, je ne voulais pas m’emporter.

    Je fermais la porte, transportait le plateau dans la cuisine.

    Il me fallait être patient, la tâche serait rude.
    Un autre problème me trottait dans la tête, mes mensonges concernant le loup.

     

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    CHAPITRE 9
     

    Alice




    Je n’arrivais pas à croire que ce soit justement lui qui me trouve pratiquement à l’agonie.

    Je m’en voulais de lui parler si brusquement mais j’avais perdu l’habitude qu’on prenne soin de moi. J’étais devenue méfiante sans doute parce que j’avais peur de souffrir.

    Je me rappelais du loup me poussant légèrement et puis plus rien. Comment se faisait-il qu’il connaisse cet homme justement ? Et pourquoi celui-ci l’avait suivi aveuglément pour venir me sauver ? Tant de questions sans réponse qui m’embrumaient l’esprit.

    Matthiew m’avait proposé d’aller dans son salon mais je voulais encore rester seule. J’avais peur de succomber à cet homme qui me plaisait un peu trop.

    Je regardais un peu mieux autour de moi. La chambre était masculine et je rougissais à l’idée qu’il m’avait installé dans sa chambre. Je me levais fébrilement prenant soin de ne pas faire de gestes brusques. Il avait raison, je n’avais pas encore assez de force pour rejoindre mon abri.

    Mon abri !

    Je ne devais plus en avoir. Une semaine sans être occupé et c’était sûr que quelqu’un d’autres s’y était installé. Je n’avais plus qu’à tout recommencer. Ce n’était pas la première fois.

    Je prenais mon sac qui était posé contre le lit. Je regardais à l’intérieur rien ne manquait.
    Matthiew n’avait pas fouillé dedans, il avait tenu à respecter mon intimité et je lui étais reconnaissante pour cela.

    Je touchais quelques objets déposés sur une commode. Ils avaient l’air rare et ancien. Sur une étagère des petites sculptures de loup. Lui aussi les aimait. C’est sans doute pour cela que l’animal était allé le chercher lui. A moins que mon loup n’ait deviné que je ne voulais être sauvé que par lui.

    Matthiew aimait les livres. Il y en avait pas mal. Je les caressais délicatement sans les prendre. Je souriais en lisant les titres.

    La porte s’est ouverte doucement et Matthiew est entré lorsqu’il m’a vu debout devant sa bibliothèque.

    - Vous trouvez votre bonheur ? me dit-il en souriant.

    - Je regardais. Je comprends pourquoi vous venez souvent à la boutique de Mr Blackwells.

    - Je tiens ça de ma mère.

    - Et vous vous échangez vos lectures ?

    - Non, malheureusement, dit-il tristement, elle est morte il y a quelques années déjà.

    - Je suis désolée. Je ne voulais pas vous peiner.

    - Vous ne pouviez pas savoir.

    - C’est très joli, lui dis-je en montrant les objets sur la commode.

    - Ce sont des objets qui ont appartenu à mes ancêtres. Ils sont rares et j’y tiens beaucoup.

    - Je ne vais pas les prendre, lui dis-je vexé.

    - Oh ! Je ne pensais pas à cela. Je sais très bien que vous n’êtes pas de ce genre là. Je voulais juste souligné le côté sentimental de ces objets.

    - Pardon. Une vieille habitude.

    - Je comprends. Et avant que vous me posiez la question c’est moi qui ait sculpté les loups.

    - C’est vous ? Incroyable ! Ils sont magnifiques.

    - Merci.

    Malheureusement pour moi je n’étais pas encore assez forte et je me sentais faiblir. Il me rattrapait juste à temps m’enveloppant de ses bras afin de me porter jusque sur le lit.

    - Ça va mieux ? me dit-il tendrement en levant la main vers mon visage mais s’arrêtant au dernier moment.

    - Oui. Je crois que j’ai abusé des quelques forces que j’avais.

    - Reposez-vous ! Oh et puis merde. Est-ce que je peux te tutoyer ?

    - En fait je préfèrerais.

    - Alors repose-toi, je t’apporterais un plateau tout à l’heure, dit-il en refermant la porte derrière lui.

     

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    CHAPITRE 10




    C’est avec une odeur alléchante que je me réveillais. J’ouvrais les yeux et un plateau fumant avait été posé sur la table de nuit.

    Je me redressais légèrement pour voir ce qui m’attendait. La soupe était chaude et délicieuse. La sentir dans mon corps me revigorait. Une salade de pomme de terre accompagnait des lardons fris et un fruit terminait mon repas.

    J’essayais de me lever pour la deuxième fois de la journée. J’attendais quelques instants, histoire de voir si je n’allais pas m’écrouler.

    Lorsque je me suis sentie rassurée sur mon état de santé du moment j’ai pris le plateau et je suis sortie de la chambre.

    En un éclair Matthiew était près de moi et me prit des mains ce que je tenais.

    Je lui jetais un regard noir n’appréciant pas sa sollicitude.

    - Je voulais juste t’aider, me dit-il un peu penaud.

    - Des vieux réflexes, il va falloir t’y habituer, lui répondis-je en essayant de lui faire un beau sourire.

    - La cuisine est par ici, me dit-il en montrant du doigt la direction que je devais prendre.

    Il me suivait de près sans dire un mot. Je savais qu’il attendait la moindre défaillance de ma part, la moindre faiblesse qui ferait de lui encore une fois mon sauveur.

    La cuisine était claire et sans chichi. Tout y était à sa place, rien ne trainait. Etais-je tombée sur quelqu’un de maniaque ? Il ne serait pas déçu j’ai toujours été un peu bordélique c’est pour ça je crois que ce qui m’appartenais ne tenait que dans un sac.

    Je déposais la vaisselle dans le lave-vaisselle et lui demandais de l’aide pour le reste.

    - Un café ? me demanda-t-il.

    - Je veux bien, répondis-je en prenant place sur une chaise de la cuisine. Tu as tout le confort moderne, qu’est-que tu fais dans la vie ?

    - Alors je réponds à ta première question oui j’ai tout le moderne parce que je suis seul, je suis un homme et je préfère regarder un match à la télé plutôt que perdre du temps dans la cuisine. Et pour la deuxième question je suis écrivain.

    - Oh ! Je comprends mieux ton amour des livres. Et tu arrives à gagner ta vie ?

    - Euh oui je crois. Assez pour faire ce que j’ai envie mais pas plus. Je ne roule pas sur l’or non plus.

    - Je suis sans doute un peu trop curieuse, dit-elle en remuant son café fumant.

    - Non. Ça va. Tu as tout à fait le droit de savoir à qui tu as à faire.

    - Je pense que d’ici deux ou trois jours je pourrais repartir. Je ne t’embêterais pas plus longtemps.

    - Je ne te chasse pas. Tu peux rester ici autant que tu veux.

    - Et en contrepartie je devrais coucher avec toi, c’est ça ? m’emportais-je.

    - Quoi ? Tu délires ma vieille. Comment une si jolie fille peut-elle être aussi exaspérante ? dit-il d’une voix tremblante alors qu’il s’en allait de la pièce.

    Je l’avais encore une fois blessé avec mon fichu caractère. Je devais pourtant être reconnaissante pour ce qu’il avait fait. Je me souvenais très bien de l’avoir vu à mon chevet. Il ne m’avait pas quitté et c’est lui que je voyais à chaque fois que j’avais ouvert les yeux.

    Pourquoi cette haine en moi ?

    Je n’avais pas ouvert mon cœur depuis si longtemps que j’en avais perdu la clef. Etait-ce des sentiments nouveaux qui se réveillaient en moi depuis ma première rencontre avec Matthiew qui me faisait peur.

    A chaque fois que j’avais aimé quelqu’un, ils étaient partis. Pourquoi en serait-il autrement avec lui ? Et pourquoi lorsqu’il a dit que j’étais jolie mon cœur s’est emballé. Je devais être plus gentille, je voulais vraiment donner une chance à notre amitié nouvelle en premier lieu.

    Je laissais ma tasse sur l’évier, je regardais le café froid. Je me suis dirigée vers le salon, il était là, debout, les mains à plat sur son bureau.

    - Alice ! Reste encore un peu avec moi. Je te promet d’être sage. Je ne veux pas qu’il t’arrive quelque chose dehors. On trouvera un moyen de s’entendre. Je ne te fais pas la charité. Tout à l’heure tu m’as demandé ce que je voulais en échange de t’avoir sauvé. Et bien voilà rend-moi ce service, comme on le ferait à un ami.

    Ce n’est que lorsqu’il s’est tu à nouveau qu’il s’est retourné vers moi les yeux me suppliant d’accepter sa proposition.

    - Laisse-moi y réfléchir, ont été les seuls mots que j’ai pu lui dire.

     

     

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